Si nous sommes déjà sur nos vélos à 9h30, c’est que Clémence était parfaitement réveillée à 8 heures pétantes. De quoi nous laisser le temps de profiter du petit-déjeuner copieux de l’hôtel, de faire nos bagages sans hâte et d’atteler nos embarcations. Après quelques centaines de mètres, nous descendons vers le fleuve pour rejoindre une voie verte.
Nous avons toujours un peu d’appréhension car la légende des applications de navigation n’est pas claire. La ligne rouge, c’est la piste cyclable continue et protégée et on a bien compris. Mais la ligne en pointillée est un fourre-tout où l’on retrouve des voies sur trottoir, parfois sur route. Heureusement pour nous, entre Gyeongju et Pohang, c’est une véritable véloroute qui s’étale sous nos roues. Eloignés des voitures, on se sent si tranquille qu’on réalise à peine qu’on a déjà parcouru 30 kilomètres. Les grosses usines que l’on aperçoit au loin marquent déjà l’arrivée sur Pohang.
Pohang, entre acier et embruns marins
Ville portuaire de la côte est coréenne, Pohang compte près de 500 000 habitants et abrite l’un des plus grands producteurs d’acier au monde, POSCO. Elle est connue pour ses plages comme Yeongildae, son marché aux poissons de Jukdo et le lever de soleil spectaculaire à Homigot. Mélange étonnant d’industrie lourde et de charme côtier, Pohang séduit aussi par ses œuvres modernes comme le Space Walk et sa gastronomie typique.
On pousse donc sur les pédales jusqu’à la plage de Yeongildae, notre destination finale du jour. Il faisait une chaleur étouffante à notre départ ce matin mais il fait maintenant presque froid. La mer du Japon apporte un vent puissant et frais sur la côte coréenne, ce qui n’empêche pas Clémence de filer jouer dans le sable sitôt sortie de la remorque. Nous mangeons sur le pouce à l’abri des arbres et profitons un peu de la plage maintenant que le vent s’est calmé et qu’il fait plus chaud avant d’aller se délester de nos bagages à l’hôtel.





On se sent plus léger pour rejoindre le Space Walk, une structure ouverte fin 2021. Financée par la multinationale Posco, pour Pohang Iron and Steel Company (littéralement la Compagnie Sidérurgique de Pohang), quatrième producteur mondial d’acier, cette structure aux allures de grand huit a été construite dans le but d’accroitre le tourisme local et de mettre en avant l’industrie métallurgique de la ville.
Malheureusement en arrivant au pied, on apprend que c’est interdit aux enfants de moins de 110 centimètres. Clémence ne dépasse pas encore le mètre et elle ne comprend pas qu’on lui refuse l’accès. Elle nous répète qu’elle est grande et qu’elle n’a pas peur, ce qu’on sait très bien. On ne comprend pas vraiment la logique puisque les barrières latérales montent très haut et qu’il n’y a absolument aucun risque qu’un enfant puisse passer par-dessus. Stéphane et Cassandre y vont quand même à tour de rôle mais Bébé est si déçue qu’on ne s’attarde pas et qu’on file s’attabler à un café pour prendre un chocolat chaud et un smoothie, son nouveau péché mignon.




On redescend ensuite jouer sur la plage. Non seulement elle n’a plus peur des vagues mais elle court maintenant dans l’eau à toute vitesse. Il faut dire que la mer est d’huile, ce qui incite fortement à la baignade. On commence à devenir les rois des jeux dans le sable, on se met à trois pour essayer de sculpter une chaussure la plus ressemblante possible, ce qui nous fait beaucoup rire. Elle est toute contente car elle sait que nous allons longer la mer à vélo pendant quelques temps. On espère juste que le beau temps sera au rendez-vous : en effet, nous sommes en pleine période des moussons depuis mi-mai et la météo pour les 4 prochains jours s’annonce capricieuse. Espérons que ce ne soit pas si pire.
https://strava-embeds.com/embed.jsVendredi 13 Juin
Les gouttes de pluie qui nous accompagnent sur le début de l’étape du jour n’augurent rien de bon. Elles sont certes éparses et fines mais la météo pour les jours suivants ne nous pousse pas à l’optimisme. Nous sortons de Pohang vraiment facilement, une rareté pour les grosses villes coréennes. La piste rejoint rapidement une côte plus sauvage et abrupte. Elle présente déjà son lot de difficultés à franchir, avec des petites côtes qui succèdent à des descentes et ainsi de suite.




Nous essayons de ne pas trainer car le crachin ne cesse pas. On s’arrête quand même pour se restaurer dans un sublime café, Clémence prend son dorénavant traditionnel chocolat chaud. La côte est est truffée de points de vue et de passerelles surplombant la mer, nous en visitons une avant de pousser plus loin pour le repas. Autour de 14 heures, une éclaircie pointe le bout de ses rayons alors que nous longeons une plage.




Il ne nous faut pas longtemps pour être les pieds dans l’eau en train de jouer. Clémence s’en donne à cœur joie. Bizarrement, on se baigne à côté d’un gigantesque bateau militaire transformé en musée. On reste sur la plage jusqu’à ce que le soleil s’efface derrière de vilains nuages qui nous poussent à fuir en vitesse. On arrive tôt à l’hôtel, autour de 16 heures, mais on préfère ça à se retrouver sous un potentiel déluge.
https://strava-embeds.com/embed.jsComme dans presque tous les hôtels, notre chambre a une baignoire, ce qui permet à Clémence de prolonger le temps de jeu. Car nous tentons bien ensuite de l’amener à une aire de jeu mais il se met à pleuvoir des cordes et nous ne pouvons que nous réfugier sous les abris d’un parc. La journée est un peu maussade, nous rentrons nous changer à l’hôtel avant de sortir manger. Demain sera probablement pire, nous recevons même des alertes de vigilance sur nos téléphones. Il va nous falloir ruser pour passer entre les gouttes.

La ville étape : Ganggu est une petite localité portuaire du comté de Yeongdeok: elle comptait environ 6 000 habitants lors du recensement de 2020. Son port est célèbre pour ses impressionnantes récoltes de crabes des neiges : plus de 100 restaurants les proposent durant la haute saison, attirant gourmets et visiteurs.
Samedi 14 Juin
La pluie a ceci de particulier qu’elle repeint le visage d’un endroit. Les coréens adorent les lumières, le moindre hôtel brille de mille feux et les rues ressemblent à Las Vegas le soir. Mais quand des seaux d’eau tombent du ciel, tout ceci prend une allure glauque et triste. Quand on se lève pour fermer complètement les rideaux à l’aube, les nuages sont si bas qu’on pourrait presque les toucher et le fleuve en contrebas est transpercé par les gouttes. Nous recevons de plus depuis la veille au soir d’incessantes alertes météo des autorités du district nous annonçant de forts risques d’inondations et de glissements de terrain et nous recommandant de rester à l’abri. Rassurant.
Ceci nous force à remodeler nos plans car que faire quand il pleut autant ? Nous n’allons pas rouler, surtout le long d’une côte escarpée où les collines se jettent dans la mer et où les coulées de boue peuvent facilement se faire. Heureusement, on peut toujours prendre le bus pour avancer et c’est notre plan de secours si la pluie ne s’arrête pas. A 11 heures, elle n’a pas abandonné mais elle commence à se lasser, se transforme en crachin. Quand on sort du café où on a pris le petit-déjeuner, elle a même complètement disparu et il fait désormais très lourd. Les nuages sont toujours menaçants mais on décide de tenter le coup à vélo quand même car on commence à distinguer du ciel bleu.



Nous voilà partis et heureusement car un soleil éclatant pointe le bout de son nez. Il fait beau et chaud ! On n’aurait jamais parié là-dessus en nous levant ce matin. On avance à bon rythme, plein de bonne humeur d’avoir échappé à une journée affreuse. On s’offre même le luxe de s’arrêter à la plage pour pique-niquer et se baigner. Clémence est aux anges, on lui avait dit qu’on ne pourrait pas trop s’amuser alors elle en profite doublement. On ressort les vêtements de plage qu’on avait enfoui au fond de nos sacoches.
La côte Est présente un visage plus sauvage. Un immeuble de trois étages fait office de gratte-ciel, ça nous change des bâtiments immenses de toutes les villes de Corée. Nous avons la mer à notre droite, les collines à notre gauche et ce tout donne naissance à des paysages spectaculaires. Le relief est évidemment accidenté, on ne fait que monter et descendre. On s’échange le vélo qui tire la remorque à portions égales.



Yeonghae nous tend les bras à l’heure du goûter, une destination qu’on ne pensait vraiment pas atteindre à vélo aujourd’hui. Comme nous n’avons rien réservé, on part à la chasse aux pensions et aux hôtels. Nous sommes samedi et la plupart des établissements sont complets. En arrivant à l’un d’entre eux, un groupe de coréens sort et nous leur demandons s’ils parlent anglais. Heureusement, l’un des jeunes hommes maîtrise la langue et il appelle au numéro indiqué sur la porte pour demander à la propriétaire s’il reste de la place et à quel prix. Ouf, il reste une chambre dont nous prenons possession. C’est sommaire et un peu cher comparativement à ce que l’on a eu jusqu’ici mais l’endroit où nous sommes, Goreabul beach, est très prisé des coréens, ce qui explique les prix assez élevés. Quoiqu’il en soit, ce ne sera pas de trop pour se remettre de cette journée qui avait tout d’un ascenseur émotionnel.
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