Busan, ville portuaire.

On se réveille ce matin avec la sensation de la fin de quelque chose. On clôture aujourd’hui un épisode de deux semaines et plus de 600 kilomètres de vélo. Cette traversée du pays du nord-ouest au sud-est nous a permis de toucher légèrement sous la surface du quotidien des coréens. En tout cas, bien plus qu’en sautant des endroits touristiques aux recommandations des guides de voyage. Nous ne sommes qu’à trente kilomètres de notre hôtel à Busan alors on a le temps de lambiner, comme si nous avions voulu repousser un peu le moment.

La ville est connue pour le film Dernier Train pour Busan, où une épidémie transforme les gens en zombies. Un père et sa famille sont dans le train pour la ville du sud et doivent la rallier à tout prix car c’est la seule zone non-infectée. C’est une référence à la Guerre de Corée car en 1950, et pendant plusieurs mois, la Corée du Sud s’est réduite à un périmètre très restreint autour de Busan, manquant de peu d’être complètement engloutie par le nord. Nous entrons donc dans une terre de résistance autour de midi. La véloroute a le bon goût d’être sous une voûte d’arbres qui offre de l’ombre en continu.En approchant de la ville, la piste devient plus dense, elle se rétrécit même et on retrouve l’environnement ultra-urbain, c’est-à-dire dédié aux bagnoles.

Un cycliste tirant une remorque sur une piste cyclable bordée d'arbres, avec des immeubles en arrière-plan et un ciel bleu.

On s’échappe pour s’arrêter manger dans un petit restaurant japonais. Clémence se fait offrir une énième sucette pendant que nous regardons l’itinéraire pour rejoindre l’hôtel. Naver (le Google local) nous propose une route, qu’on vérifie sur Komoot pour le dénivelé. OK, ça a l’air pentu mais ça passe. Il faut garder à l’esprit que les occidentaux n’ont pas le droit de cartographier la Corée et on ne réalise que trop tard qu’on s’est embarqués dans une ascension impossible. Sur presque deux kilomètres, on gagne 250 mètres de dénivelé. Arrivés à la moitié, on est obligés de s’avouer vaincu et de poser pied à terre. Il fait une chaleur écrasante, Clémence sort de la remorque pour nous aider en marchant. Elle répète « oh hisse, oh hisse » pendant que la sueur dégouline dans nos yeux. Arrivés au sommet, on marque une longue pause avant d’entamer la descente. Busan n’est clairement pas propice au vélo.

On s’enregistre à l’hôtel où l’on va rester cinq nuits puis on sort se balader dans le quartier. On monte voir un panorama dans le parc derrière l’hôtel, on fait un tour au centre commercial à côté et on sort manger dans un marché de rue. Nous pensions avoir une journée plus tranquille que ça.

Une petite fille souriante posant avec une mascotte en forme de pingouin, devant un panneau 'Welcome to Busan', avec des fleurs colorées en arrière-plan.

Vendredi 6 Juin

Comme c’est souvent le cas des villes de bord de mer, Busan s’étire sur des kilomètres et il est presque impossible de faire le tour de tous les points d’attraction. Ce matin, on monte visiter Gamcheon, un ancien village de travailleurs portuaires souvent assimilé à Santorini. Délabré jusqu’en 2009, il a vécu une résurrection grâce à une initiative gouvernementale. La peinture et les murs étaient fournis, il ne manquait que les artistes qui sont venus de tous le pays pour décorer les murs.Le résultat se voit de toute la ville car les maisons sont vraiment multicolores. Dans les ruelles étroites, on peut observer plus finement les détails des dessins sur les murs.

De manière étonnante, les coréens ont une véritable passion pour Le Petit Prince. Nous avions déjà remarqué à Séoul ou sur la véloroute menant à Busan, parfois une statue ou une peinture sur un mur. Mais ici, cela atteint une autre proportion. Sur l’un des points de vue, il y a une statue et les gens font la queue pour s’y prendre en photo. Idem à un autre endroit. Des boutiques sont dédiées au Petit Prince et des citations sont inscrites en français. La foule commence à se densifier alors on descend à travers les allées labyrinthiques pour trouver un arrêt de bus et rejoindre la plage. Clémence est heureuse comme tout, elle chantonne « moi je suis à la mer » en boucle et court dans le sable dès qu’elle l’aperçoit.

Et juste en face de nous, un téléphérique enjambe le bras de mer. Elle nous le montre tout excitée quand elle le voit car elle ignore que c’est la suite du programme. Après manger, on se met dans la queue. Fidèles à eux-mêmes, les coréens donnent des bonbons à Clémence. Après avoir récupéré une sucette dans cette file d’attente qui serpente, on est obligés d’en refuser pas loin de dix ! Et quand on s’installe dans la cabine, un vieux monsieur ne comprend pas qu’on refuse et il fourre la sucette dans les mains de Clémence.

En Corée, on mange très sucré et il n’est pas rare de voir des enfants plus petits que Clémence déjà manger des bonbons. Ils sont pourtant globalement sveltes, sûrement parce qu’ils marchent beaucoup. Le téléphérique mène au parc de Songdo. Ici aussi, tous les points de vue sont accompagnés de spot photos sur le thème du Petit Prince. Il y a aussi la queue pour prendre des photos et il ne faut surtout pas être dans le champ sinon les gens râlent.

Samedi 7 Juin

Ne pas chercher à voir tous les points touristiques importants d’une ville a un avantage particulier : on ne ressent pas la pression de manquer quelque chose. Nous partons du principe qu’on ne verra de toute façon pas tout alors on en profite pour prendre notre temps. Le réveil ne sonne pas et les petits-déjeuners s’étirent dans les cafés. Ce matin, on prend deux bus pour rejoindre le parc côtier de Taejongdae.

Aménagé parfaitement, il permet de marcher sur une falaise en bord de mer pour apprécier différents points de vue. Un petit train touristique fait le tour mais puisqu’on est le week-end, il est pris d’assaut. La balade ne fait que 4 kilomètres alors on la fait une première fois en marchant et Clémence gambade quasiment tout le temps. Une fois retournés au point de départ, on saisit l’heure du repas pour prendre des tickets et prendre le train. Clémence aurait été trop déçue de les voir passer sans arrêt sans monter dedans.

A Busan, Naver ne propose jamais de prendre le métro, ce qui nous étonne un peu. Nous le suivons aveuglément pour rejoindre la plage de Gwangalli, en bus donc. Quelle affreuse idée ! La route est inondée de voitures, elles débordent de tous les côtés et le bus ne peut pas se frayer un chemin. En arrivant sur les abords de la plage, c’est encore pire. Des autos sont garées partout, elles grillent les feux, refusent les priorités et les passages piétons. La plage de Gwangalli est l’une des plus connues de Busan mais elle est aussi exagérément urbanisée. La baie est cernée de gratte-ciels hideux mais ça importe peu aux yeux d’une enfant de trois ans qui ne voit que le sable et les châteaux à faire.

Si nous sommes venus ici, c’est pour le spectacle de drone qui se déroule dans le ciel au coucher du soleil. Le pont s’illumine, affiche un compte à rebours et une nuée de petits engins s’élèvent dans les airs pour écrire une histoire. Nous avons droit à Philtre d’Amour et les drones s’harmonisent pour former une sorcière, des potions et plein de formes rigolotes en lien avec le scénario. Clémence est émerveillée et il faut l’avouer, nous aussi. On rentre à l’hôtel en métro avec des étoiles modernes plein les yeux.


Commentaires

Une réponse à « Busan, ville portuaire. »

  1. Avatar de allaf
    allaf

    Merci pour ce voyage à distance 🤩🥰😎

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