Vendredi 30 Mai
L’hôtel sent les années soixante, la vieille moquette et des relents de cigarette d’une époque où l’on fumait partout. Notre lit est dur comme de la pierre, on jalouse secrètement le matelas de Clémence qui a l’air plus confortable. Nous n’avons pas passé une très bonne nuit et c’est bizarre car les insomnies nous prennent souvent tous les deux.
Nous avons déjà les yeux ouverts quand Clémence se réveille autour de 7h30, assez tôt pour elle. On a le temps de lambiner, de préparer nos sacoches doucement puis d’atteler nos vélos. A 9 heures pétantes, nous sommes devant la porte d’un café pour prendre un petit-déjeuner tout en douceur. Nous repartons tranquillement plus d’une heure plus tard. Il fait beau et chaud, Clémence grimpe dans sa remorque et nous avalons trente kilomètres en un rien de temps. Il faut dire que la piste est continue, en bon état et roulante alors nos roues semblent voler sur l’asphalte.

Il n’est pas encore midi et notre étape du jour est presque finie. On s’arrête manger dans un café qui possède un très grand jardin, ce qui nous permet de jouer dehors pendant longtemps avec un flacon de bulles de savon. Avec un peu d’appréhension, on entame la dernière toute petite portion pour rallier notre hôtel à Daegu. Avec 2.5 millions d’habitants, c’est la quatrième plus grande ville du pays et nos expériences récentes de traversée de villes nous ont un peu échaudé.
Nous avons même changé notre réservation d’hôtel pour se rapprocher de la véloroute mais nous avons tout de même deux kilomètres de ville à traverser. Heureusement, Daegu est plus agréable que Gumi. Les trottoirs sont larges et la longue avenue qui mène à notre logement propose une grande piste cyclable. Nous arrivons donc rapidement et nous nous installons avant de ressortir tout de suite vers le quartier de Bamwoldang après avoir pris un goûter dans une délicieuse boulangerie-café du quartier.

A la sortie du métro, on entame la traversée du quartier de Cheongna Hill, quartier historique où se sont établis les missionnaires chrétiens à leur arrivée en Corée au début du 20e siècle. On y trouve une église, une cathédrale et les maisons où se sont établis les missionnaires. Sur le parvis de la cathédrale, un mariage a lieu avec un prêtre coréen qui officie en latin. Nous ne faisons pas les curieux trop longtemps et nous continuons notre escapade au gré des ruelles. Nos pas se perdent un peu mais finissent par retrouver l’animation de Dongseong-ro, le quartier animé de Daegu. Les restaurants les plus sympas sont pris d’assaut en cette veille de week-end alors on se rabat sur un excellent vietnamien, qui ravit l’appétit de Clémence.
Samedi 31 Mai
Ce matin, pas de réveil. On laisse Clémence dormir tout ce dont elle a besoin et elle en profite. Il est 9 heures quand elle ouvre enfin les yeux, d’excellente humeur. Elle s’habille rapidement et nous sommes en un clin d’œil attablé pour un petit-déjeuner. La ville de Daegu est l’endroit de Corée où il y a le plus de cafés par habitant. Les établissements sont grands, spacieux et ils font aussi souvent boulangerie. Les coréens sont d’ailleurs d’excellents pâtissiers et il n’est pas rare qu’on se régale en prenant des produits au hasard.

Daegu est une ville très étendue avec plusieurs espaces verts. On démarre par le parc Duryu qui n’a que peu d’intérêt hormis celui d’être piéton et d’offrir une aire de jeu. Après s’être épuisée pendant une heure, Clémence grimpe dans le sac à dos et on en profite pour flâner à travers les quartiers en prenant des chemins détournés. Cela nous amène à la Coffee Street de Apsan, qui n’en porte que le nom.
On s’attendait à trouver une petite rue mignonne mais ce n’est qu’un immense boulevard avec quelques échoppes. On ne trouve pas notre bonheur, on mange rapidement dans un restaurant de pâtes et on repart marcher vers le téléphérique. Il nous emmène en haut de la montagne d’Apsan, où la vue spectaculaire offre un panorama complet sur Daegu. Effectivement, la ville s’étire à perte de vue entre les montagnes et les collines. D’en haut, on aperçoit les points d’intérêt et on voit à peine le fleuve par lequel nous sommes arrivés.

Pour profiter du calme de la forêt, on fait la descente à pied. L’air est plus frais sous les arbres et Clémence discute depuis son sac à dos, elle nous pose plein de questions et s’amuse à répéter ce qu’elle entend. Pour la contenter, nous refaisons un arrêt à la même aire de jeux que ce matin. Elles sont souvent couplées d’appareils de musculation et ils sont souvent occupés par des personnes âgées. Il est vraiment fréquent de les voir faire un peu d’exercice.
Cela ressemble aussi à des lieux de sociabilisation car on voit souvent des groupes de vieilles femmes discuter sur des bancs puis se lever pour travailler un peu les jambes ou les bras. C’est un mélange des genres et des générations entre les rares enfants qui font du toboggan et les anciens qui s’entretiennent. Bon, Clémence préfère dorénavant faire des acrobaties avec les machines, ce qui fait rire les dames.

Dans les particularités notables de la Corée figure aussi l’absence de poubelles. Il est très difficile de jeter ses déchets et cela semble être un trait culturel commun avec le Japon. Puisqu’on a réussi à aller au magasin acheter des produits emballés, on réussira bien à les ramener chez soi pour les jeter. Nous pensons que c’est le raisonnement sous-jacent et ça semble fonctionner car on voit beaucoup moins de saletés qu’en France.
En retournant à l’hôtel, on ne peut que constater qu’à Daegu, la voiture prend beaucoup de place. Elles sont garées sur les trottoirs, les passages piétons et il faut souvent slalomer pour se frayer un chemin. Finalement comme en France, plus on se rapproche du Sud et plus les bagnoles sont envahissantes. Peut-être est-ce la chaleur ?
Dimanche 1er Juin
Le mois de Juin ne manque pas à l’appel de ce dimanche. Dès le réveil, la chaleur est présente et on sait d’avance que la journée va être chaude. Pour anticiper un peu, on se présente à l’ouverture du café voisin de l’hôtel à 9 heures. Les cafés ouvrent tard ici et on a toujours du mal à comprendre la logique. Les coréens ne voient pas du tout le café et les pâtisseries comme un plaisir du petit matin.
Daegu propose une belle piste cyclable pour sortir de la ville, ce qui est appréciable au vu des longs boulevards aux multiples voies. On constate que nous sommes le jour dominical car on croise beaucoup de vélos dès que nous arrivons sur la piste cyclable. Les coréens semblent avoir une approche très sociale de la bicyclette, ils roulent souvent en groupe mais sans forcément chercher la performance. On se fait rarement doubler à des vitesses incroyables comme ça peut arriver en France.

D’ailleurs à notre premier arrêt, au pied d’un énième barrage sur les fleuves, des dizaines de rouleurs prennent leur pause. L’ambiance est conviviale, les discussions fusent entre les tables et on observe un véritable sentiment d’appartenance. Évidemment, tous les regards se tournent vers nous à notre arrivée. Une femme engage la conversation et demande si elle peut nous prendre en photo pour une de ses amies de Séoul. On accepte sans avoir bien compris la raison.
En repartant, la chaleur nous attrape vraiment. Le fond de l’air est désertique et l’arrivée à une ancienne académie du confucianisme signe un véritable répit. Le temple est d’un calme troublant et son ombre est précieuse. On reste à flâner assez longtemps, l’un des gardiens vient donner des gâteaux à Clémence, une scène qui se reproduit finalement plusieurs fois par jour maintenant.

Aujourd’hui encore on s’adapte aux coutumes du pays et on se présente à des hôtels sans réservation. Le premier est bien noté sur Internet mais le propriétaire nous semble tout de suite antipathique alors nous optons pour le second, juste à côté. La femme qui tient l’accueil est très agréable et nous faisons affaire. Les sacoches posées et les douches prises rapidement, nous ressortons dans cette petite ville sans intérêt pour trouver une aire de jeu.
Les rues sont désertes, c’est presque digne d’un film post-apocalyptique et c’est d’autant plus frappant que les boulevards sont gigantesques et vidés de leurs voitures. On suppose que nous sommes dans une zone industrielle ou une ville-dortoir et que l’activité sera bien plus impressionnante demain.

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