Les coréens ont la notion du service public. C’est flagrant en traversant les villes, les villages et les campagnes. Le moindre village a sa gare ou son terminal de bus et ce sont de jolis édifices. Les toilettes se dénombrent en quantité impressionnante et elles sont toujours propres. On croise fréquemment des parcs aménagés avec des infrastructures en parfait état.
Notre étape du jour fait 60 kilomètres mais avec une bonne partie sur un faux plat descendant. On roule à bonne allure et heureusement car nous traversons des paysages isolés, remplis de zones agricoles et de rizières. Clémence a découvert que le riz poussait dans ces étendues pleines d’eau et elle nous le dit à chaque fois qu’elle en voit une. C’est aussi tout l’intérêt d’un tel voyage, faire des découvertes dépaysantes.

Voyager dans un pays si lointain est aussi une expérience en tant que famille. On sort légèrement du rôle de parents omniscients que nous sommes aux yeux de nos enfants. Ici, on peut lui dire qu’on ne comprend pas plus qu’elle quand quelqu’un nous parle, qu’on ne sait pas quel est cet oiseau tout jaune ou ce que fait la dame dans la rue. Bref, on est au même niveau de connaissances et ça renforce les liens familiaux.
Peu avant midi, nous avons déjà fait la moitié du chemin car nous nous sommes peu arrêtés sur la route. On s’arrête donc manger un brunch dans un café tout mignon et cosy comme on les aime. Le coût de la vie est étonnamment abordable en Corée. On trouve des nuits à l’hôtel entre 30 et 40 euros et on mange facilement à trois pour vingt euros grand maximum par repas. Les supermarchés ou les épiceries de quartier sont aussi très compétitives pour manger sur le pouce. Comme au Japon, il est possible en Corée d’acheter des plats dans les supérettes et de les réchauffer/manger sur place.

Après la traditionnelle pause aire de jeux, nous profitons de l’air fatigué de Clémence pour repartir et lui faire faire la sieste dans la remorque. Bien que globalement plate, la véloroute nous oppose parfois des murs. Par exemple, au détour d’un virage, une côte à 30 % sur 300-400 mètres (autant dire une éternité) qu’on est obligés de franchir en poussant nos lourdes embarcations tellement l’inclinaison de la pente est infranchissable avec notre cargaison. A certains moments, on est obligés de s’y mettre à deux pour pousser le vélo qui tire la carriole avec Clémence dedans. On est épuisés au sommet et on peine à repartir.
Remis de nos émotions, on s’arrête rapidement en haut d’une côte avec une jolie cascade artificielle qui nous rafraîchit de ses embruns. Nous arrivons peu après au musée du vélo de la ville de Sangju. Bizarrement, au milieu de nulle part, un gigantesque édifice culturel à la gloire de la bicyclette a été construit. Il n’est pas passionnant, c’est une simple exposition de modèle de vélos à travers les âges mais l’un des guides est très marrant. Il tient absolument à nous montrer la collection exceptionnelle de chapeaux et de casques exposés au sous-sol mais il parle si vite avec un anglais très limité et avec tant d’enthousiasme qu’on ne comprend strictement rien.

On finit par rallier la ville de Sangju un peu plus loin, capitale du vélo en Corée. Malheureusement, les étiquettes sont parfois de purs slogans marketings car la petite ville n’a rien de cyclable. Elle est même extrêmement déplaisante. Quasiment pas de pistes cyclables, de gros axes routiers, pas de trottoirs… Cela nous fait un peu le même effet trompeur que Clermont-Ferrand, qui se prône soi-disant « ville de vélo » car ayant souvent vu passer le Tour de France (ou à proximité) alors que c’est l’une des pires villes cyclables que nous ayons traversé lors de nos divers voyages. Heureusement que l’hôtel est à la hauteur.
Mercredi 28 Mai
Stéphane a fait une erreur. Il pensait qu’il serait agréable et pertinent de loger en ville afin de se rapprocher des lieux de vie. Trompé par l’idée que la Corée était un pays cyclable, il n’a pas pensé que ce ne serait pas un minimum le cas partout. Pourtant ce matin, la sortie de Sangju lui donne déjà tort. Nous avons beau suivre l’itinéraire cyclable proposé par Naver, on roule sur des doubles voies anxiogènes. Heureusement, les coréens sont des conducteurs prudents et ils doublent presque systématiquement sur la voie opposée. On se retrouve même sur une voie rapide à 80 pendant quelques kilomètres avant de rallier la véloroute.

Cette première partie nous a déjà agacé mais la voie verte n’est pas en bon état du tout sur cette portion. On se coltine des travaux, des portions en terre ou en gravier et surtout des murs à franchir. Nous n’avons rien contre grimper mais la succession de pentes à 20 % nous épuise. On a l’impression de ne faire que monter puis redescendre instantanément. Il n’y a aucun endroit pour se restaurer ou faire une pause et on doit attendre 25 kilomètres pour trouver enfin un village. Il est pile 11 heures, et ça tombe bien, le premier café que l’on croise vient d’ouvrir. C’est agréable de pouvoir se poser au frais.
Car ça y est, il fait vraiment chaud et moite sur le centre de la Corée du Sud. On reprend la route car on ne peut pas traîner. Il n’y a aucun endroit d’intérêt pour s’arrêter ou manger un bout avant le kilomètre 50 de la journée. On traverse des champs à perte de vue, des rizières, on longe un nouveau fleuve. Un homme en scooter nous rattrape, nous fait signe de nous arrêter puis il nous donne des bouteilles d’eau et se prend en photo avec nous. D’autres nous font coucou en nous croisant. Ça amène un peu de gaieté au paysage qui devient redondant avec ses longues lignes droites en plein cagnard.

On s’arrête enfin après quasi 2 heures de pédalage sans pause pour manger dans une petite supérette perdue au milieu de nulle part. Clémence dévore un bol de nouilles instantanées et nous repartons pour Gumi. Malheureusement, c’est le même constat que la ville que nous avons quitté ce matin pour cette nouvelle destination. Aucune infrastructure cyclable, des dizaines de voies pour les voitures et des feux piétons qu’on attend des minutes entières. Traverser une rue peut prendre cinq minutes s’il faut prendre deux passages piétons. Nous roulons principalement sur la route mais dès que les axes deviennent trop importants (+ de 3 voies de chaque côté), on ne se sent plus du tout en sécurité et on préfère longer sur les trottoirs et heureusement qu’ils sont là sinon ce serait le parcours du combattant !
Cette journée est déjà trop longue quand nous arrivons enfin à l’hôtel à l’autre bout de la ville, en haut d’une énième côte. Ce petit quartier très à l’écart est très sympa, car entouré de verdure et de montagnes et au bord d’un lac mais on se demande si toute cette traversée (quasiment 40 minutes d’un bout à l’autre de la ville!) valait un tel détour. On apprend de nos erreurs, on ne nous reprendra plus à vouloir entrer dans les villes.
Jeudi 29 Mai
Changement de plan total. Après la déconvenue des deux dernières journées, nous décidons d’annuler toutes les nuits à venir. Il nous faut ralentir le rythme. On décide de traîner dans le petit quartier où nous sommes. Il est très mignon, il y a plein de cafés et de restaurants et les alentours sont très beaux. L’une des difficultés en Corée du Sud est de trouver du contenu touristique en anglais. Par exemple, nous trouvons très peu d’informations sur le Geumosan Provincial Park, parc aux portes duquel nous séjournons et c’est par hasard qu’on découvre qu’un téléphérique y monte à 500 mètres de notre hôtel.

Après un petit-déjeuner dans un café très chic, on s’aventure vers la station de cable car. On entre dans un joli bâtiment et puis nous voilà déjà en train de gravir le flanc de la montagne. En haut, plusieurs sentiers permettent de s’éloigner. L’un mène vers un superbe temple aux voutes colorées, on s’extasie devant la beauté et la sérénité du lieu. Clémence s’étonne de voir des gens prier et on découvre la difficulté à expliquer le concept à un enfant. Nous prenons un autre sentier vers une chute d’eau assez quelconque. Nous sommes plus passionnés par la vue d’un animal qui ressemble à une chenille mais qui se déplace en se pliant. Clémence est fascinée, elle ne la lâche pas du regard.

On resterait bien à randonner toute la journée là-haut mais malheureusement si nous voulons quitter la ville en dehors des heures de pointe, on ne peut pas traîner des heures. Heureusement, il y a un téléphérique toutes les quinze minutes et nous revoilà déjà en bas. Nous prenons un pique-nique dans une supérette et nous mangeons en nous promenant autour du très joli lac qui se trouve en bas du parc. Il fait beau et chaud et la vue est splendide mais seulement d’un côté.
De l’autre, c’est la ville, ses immenses bâtiments et surtout, son horrible trafic routier qui nous attend. Il nous faut pourtant bien la retraverser pour rejoindre la voie verte et la perspective ne nous enchante pas du tout. On choisit l’heure stratégique de 15 heures pour amorcer le départ et même s’il n’y a pas tellement de circulation, nous mettons presque une heure à faire seulement dix kilomètres.

La ville entière est dédiée aux voitures, nous sommes souvent obligés de rouler sur les maigres bandes qu’on peut appeler trottoirs car les routes sont extrêmement larges et inhospitalières pour les cyclistes. Même si les Coréens conduisent prudemment. Par sécurité, nous traversons les intersections aux passages piétons mais on attend le vert un temps fou à chaque fois. Sur les 55 minutes qu’il nous a fallu pour traverser la ville, nos montres nous indiquent que nous avons été en mouvement pendant 40. Et oui, nous avons passé en tout sur ces 10 bornes un quart d’heure immobiles juste à attendre de pouvoir traverser les intersections aux passages piétons ! Nous ne sommes pas mécontents d’arriver enfin à l’aire de jeu de l’autre côté de la rive pour jouer avec Clémence et laisser cet enfer derrière nous.
Nous avons décidé de nous adapter aux modèles locaux et de procéder comme les coréens pour les hôtels. Ici, la population est tellement dense qu’il est toujours facile de se loger et surtout, plein d’établissements ne sont pas sur les sites de réservations. Alors ce soir, nous n’avons rien réservé et nous allons nous présenter à plusieurs endroits que nous avons repéré sur la route et demander tout simplement s’ils ont une chambre. Et c’est la bonne pioche au premier coup une quinzaine de kilomètres plus loin. Dans un motel vétuste, un couple de vieux coréens nous propose une chambre pour la modique somme de 30 euros. Stéphane monte la voir, elle est spacieuse et chacun aura son lit. Ce n’est pas le grand luxe mais ça fera largement l’affaire.

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