En s’enfonçant dans la Corée rurale

Dimanche 25 Mai

Parfois, on se remercie a posteriori. Par exemple, on avait prévu une étape d’à peine trente kilomètres aujourd’hui pour rallier une station thermale. C’est donc le plan parfait pour oublier l’affreuse journée d’hier. Le temps est au beau fixe quand on ouvre les rideaux et comme nous ne sommes pas pressés, on laisse Clémence se réveiller tranquillement. On prend le petit-déjeuner dans la chambre, des brioches Pasquier trouvées dans les rayons de la supérette du coin et des jus d’orange.

On démarre tout doucement autour de 11 heures, les rues sont désertes en ce dimanche. On traverse une grande zone agricole pour sortir de Chungju et ça éveille la curiosité de Clémence, installée sur la selle à l’avant d’un des vélos. Elle remarque les salades et les poireaux et demande ce que font les gens devant leurs serres. On en sait pas vraiment plus qu’elle alors on laisse parler notre imagination. On rattrape la véloroute qui longe un nouveau fleuve avant de s’en écarter pour s’infiltrer dans les montagnes. La route monte légèrement mais rien de méchant et nous avançons à bonne allure.

On croise un petit café mignon avec une grande terrasse alors on s’y arrête. C’est toujours l’un des plaisirs du cyclotourisme, on va si lentement que l’on peut s’arrêter où l’on veut. Il y a quelques jeux pour enfants dont une petite voiturette qui amuse beaucoup Clémence. On déguste des boissons chaudes car même s’il fait beau, il fait anormalement froid en Corée pour un mois de Mai. La température a du mal à monter au-dessus des 20 degrés.

Pour la première fois depuis le départ de Séoul, on quitte la piste cyclable protégée pour être mêlés aux voitures. Cela confirme notre impression première, les coréens sont très respectueux au volant. Ils ne doublent jamais s’ils n’ont pas la place et s’ils le font, c’est toujours en prenant extrêmement large. Les deux seules voitures qui nous frôlent sont conduites par des étrangers, qu’on retrouve cent mètres plus loin à notre point d’intérêt de la journée : la passerelle suspendue de Sujupalbong.

Les paysages ruraux sont grandioses.

Elle est prise d’assaut par des touristes alors on ne reste que le temps de faire quelques photos et de se dégourdir les jambes. Notre destination du jour n’est plus qu’à 13 kilomètres et on la rallie à 13 heures. On cherche un restaurant avec un seul critère : de la nourriture réellement non-épicée. Car depuis notre arrivée, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Notre plat non-épicé de la veille avait un arrière-goût de haut-fourneau. On opte pour des bibimbap qui se révèlent excellent.

Un bibimbap de compet’.

Suanbo est une ville thermale et l’eau de source jaillit naturellement à 53 degrés. Alors dans le parc municipal, des petits parcours sont installés pour tremper les pieds. On y prend vite goût et Clémence s’amuse comme une folle à alterner entre les parties froides et chaudes des bassins. La journée s’étire lentement et on en profite.

Madame se prélasse.

On arrive autour de 16h à un hôtel presque dédié aux cyclistes. Ici, on peut faire sa machine gratuitement, profiter d’un atelier vélo et les ranger en sécurité. Le patron est un adepte du vélo aussi et il possède tous les outils dont on peut rêver. La chambre est sommaire mais confortable. Pas de grand lit pour Clémence ce soir, elle dormira sur un petit matelas traditionnel coréen à même le sol. Quand les familles voyagent en Corée, elles peuvent louer des salles quasi-vides et dormir ensemble sur des matelas. C’est une option économique et c’est aussi pratique quand on voyage avec un bébé qui n’a pas forcément besoin d’un énorme lit. Ça ne la dérange visiblement pas car elle s’endort rapidement.

Lundi 26 Mai

Le café fait vraiment partie du patrimoine culturel coréen. On en trouve à chaque coin de rue et on ne parle pas ici que du breuvage. Chaque hameau possède au moins deux cafés. Contrairement à la France où les troquets sentent le tabac, l’alcool et le désespoir, ici ce sont des lieux familiaux plein de vie. Parfois l’apparence extérieure ne paie pas de mine mais les endroits sont toujours joliment décorés et confortables.

Un square et une jolie cascade en fond.

Malheureusement, ils ouvrent toujours tard, vers 11 heures en général. Et après la première côte de la journée, nous aurions bien aimé nous restaurer un peu. On décide de prendre notre mal en patience. Le petit bled où nous sommes abrite une cascade naturelle et elle se trouve à proximité immédiate. On s’y rend tranquillement et on y trempe les pieds. Clémence joue avec les cailloux, elle s’amuse à faire des parcours dans l’eau. Il fait beau et presque chaud aujourd’hui, une première depuis notre arrivée en Corée du Sud.

En attendant nos cafés.

L’endroit commence à se remplir alors on retourne sur nos pas pour trouver le café que nous avions repéré en arrivant ouvert ! Une autre particularité de ces endroits est qu’ils semblent tout faire maison et avec application. Nous commandons une gaufre et on observe la dame la préparer entièrement. Le temps de service est parfois un peu long car les Coréens font très attention au détail mais l’attente en vaut toujours la peine. On ne peut toutefois pas traîner ici car même si on fait une courte étape de 30 km encore aujourd’hui, celle-ci comporte la seule « grosse » montée de tout l’itinéraire entre Séoul et Busan.

Les petits hameaux sont plein de charme.

Il nous faudra 45 minutes pour gravir les 5 kilomètres à 7 % de cette ascension. Ce n’est pas une vitesse de compétition mais avec tout notre attelage, c’est quand même correct. La vue en haut du col est encore spectaculaire et un jeune homme s’arrête au niveau de Clémence pour lui remplir les mains de gâteaux et de sucreries. On ne sait même plus comment remercier les gens qui sont adorables.

Beaucoup de sueur mais une vue imprenable.

La descente vers Mungyeong est évidemment plus facile et on a peine le temps de souffler que nous sommes déjà au pied de la colline. On s’arrête dans un restaurant où on nous apporte des plats en quantités copieuses. Quand vous commandez des plats dans les restaurants coréens, on vous apporte toujours plein de petites assiettes de plats à côté : les Banchans.

Nos plats entourés de leurs banchans.

Plus qu’un apéritif, les banchans sont considérés comme un plat indispensable pendant les repas coréens. Ici avec nos deux plats, on nous apporte des petits bols avec des concombres marinés, des petits poissons frits, du kimchi et plein d’autres choses dont on ignore le nom. Il y en a pour tous les goûts et nous ne sommes pas trop de trois pour tout avaler. Pour la petite anecdote, il existe plus de 250 millions de banchans en Corée du Sud et la plupart d’eux sont à base de légumes. Ils ne sont servis qu’en petite portions et peuvent être remplis de nouveau lorsqu’on les épuise. Pour la plupart des Coréens, depuis leur enfance, les banchans sont gratuits et donc un restaurant qui les restreindrait deviendrait suspect !

On traîne avec les jeunes du coin.

Requinqués, on roule jusqu’à la ville-étape et on s’arrête directement à une belle aire de jeu qui a en plus le bon goût de comporter un petit spa pour pieds. On en profite pour jouer dans l’eau à nouveau et en levant la tête on repère une passerelle suspendue à quelques centaines de mètres au dessus du sol. Tiens, elle ne figurait sur aucun guide et pourtant nous avions fait des recherches exhaustives. Après avoir joué assez longtemps au goût de Clémence, on reprend les vélos pour deux minutes de route et on se trouve au pied d’un grand escalier. 400 mètres de montée annonce un panneau et la petite grimpe toute seule tout en haut. Pas effrayée pour un sou, elle traverse la passerelle comme si elle traversait la route. La vue d’en haut est évidemment sublime car Mungyeong est entourée de montagnes.

Ça se passe de commentaire.

Après toutes ces dépenses physiques, on a bien mérité de s’enregistrer à l’hôtel. C’est encore une fois une bonne surprise car il comporte un très grand lit et une baignoire. Les environs sont calmes et on sait d’avance qu’on passera une bonne nuit.


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