Une journée qui restera dans les mémoires

En psychologie cognitive, les études ont démontré que les mauvais souvenirs restent beaucoup plus longtemps que les bons. On se souvient longtemps des mauvaises expériences et c’est moins vrai pour les bonnes. On se remémorera ce samedi toutes nos vies. La pluie qui est venu frapper le toit du Rivers Hotel de Yeoju aurait peut-être dû nous mettre la puce à l’oreille.

Elle s’est calmée quand on se lève et il crachine à peine quand on démarre direction Chungju. On prend un petit peu l’eau mais rien de tellement dérangeant. Nous faisons avec les moyens du bord pour bien couvrir la remorque de Clémence, une grande serviette et un sac poubelle ouvert en deux soigneusement fixé sur les montants. Elle ne sent pas la pluie mais nous oui et on décide de s’arrêter une heure après quand on aperçoit un café bien cosy où se réchauffer. Car oui, en plus de bruiner, il fait froid ! Il y a à peine deux jours on était au-dessus des 30 degrés et ce matin le thermostat avoisine les 15 !

On remonte une jolie allée de graviers, on gare nos bicyclettes à l’abri et on entre. Deux femmes sont au comptoir, elles nous préparent un excellent chocolat chaud, deux cafés et de très bonnes gaufres. Elles sont très avenantes et nous demandent si on accepte d’être pris en photo. On valide l’idée et la gérante sort un Polaroïd. Elle prend plusieurs photos, jusqu’à être satisfaite, ce qui nous fait beaucoup rire.

Clémence est fière de sa jolie photo.

La pluie ne cesse pas alors on emprunte des sacs poubelles pour faire un kway à Stéphane, on emballe ce qui pourrait prendre l’eau et on repart décidés à affronter les éléments. Malheureusement, au bout de dix mètres, Cassandre annonce une mauvaise nouvelle à Stéphane : son pneu avant est à plat. On trouve ça étrange car il roulait très bien une heure avant. Nous n’avons pas d’autre choix que de changer la chambre à air défectueuse. Heureusement, nous voyageons avec le matériel de réparation nécessaire, notamment un super compresseur de voyage assez compact qui nous a été offert par le papa de Cassandre. Vous indiquez dessus le nombre de bars souhaités, et le compresseur vous gonfle vos pneus en quelques secondes sans que vous n’ayez rien à faire (ça fonctionne aussi sur les pneus de voiture!). Nul besoin de s’essouffler avec une pompe. Quelques minutes plus tard, on repart donc avec un pneu regonflé.

Seulement, à peine cinq kilomètres plus loin, le même pneu avant émet un sifflement inquiétant. C’est Stéphane qui conduit ce vélo à ce moment-là. En rapprochant l’oreille et l’œil, on perçoit clairement des micro entailles très nettes à plusieurs endroits dans le pneu. On s’arrête à une bifurcation et un monsieur nous demande ce qu’on a. On ne peut que constater que le pneu est complètement mort, tailladé en plein d’endroits. Il veut regonfler la chambre à air mais on sait déjà que ça ne sert à rien car c’est le pneu qui fait défaut. Pendant ce temps, un petit attroupement se fait autour de nous. Tous les cyclistes qui passent par là s’arrêtent pour demander ce qu’on a. La solidarité entre adeptes du vélo semble fonctionner à merveille.

Cependant, personne ne peut nous aider. Le monsieur tente bien de mettre des rustines directement sur le pneu mais ça ne change rien, il est percé en trop d’endroits. On est maintenant certains que ce sont les graviers de l’allée du café qui ont eu raison de lui. Mais que faire ? Nous sommes au milieu de nulle part. L’homme est désolé de ne pas pouvoir nous aider plus et il reprend sa route. Sur Naver, le Google Maps coréen, on voit un trajet pour rejoindre notre destination. Il faut qu’on aille prendre un bus à un kilomètre de marche. Nous n’avons pas d’autre choix, on s’y rend sous la pluie.

On pensait bien laisser nos vélos là.

En rase campagne, un petit abribus se trouve devant un bâtiment désaffecté. Il est difficile de dire ce que c’était avant mais ça sent l’abandon. On cherche des informations et on trouve les horaires, un bus 55 est censé passer autour de 13h30, il est alors 13 heures. Sorti de nulle part, un vieux monsieur se trouve maintenant sur une chaise à côté de nous. Il n’a pas l’air commode alors Stéphane va à sa rencontre pour lui expliquer la situation avec le traducteur de son téléphone. Le vieillard confirme qu’un bus passe bien là et d’ailleurs, on en voit un passer dans l’autre sens. C’est bon signe.

Par contre, on ne sait pas du tout si nous pouvons embarquer nos vélos dans un tel bus. Par précaution, on enlève les sacoches et on attache solidement les deux vélos à un poteau tout en prenant le pneu à changer, au cas où nous ne pourrions pas emporter nos vélos à bord de ce bus. Bizarrement, le vieillard revient vers nous et nous tend des billets. 15 000 wons en tout, l’équivalent de dix euros. On est interloqués, on ne comprend pas mais il repart presque aussitôt pour revenir avec trois glaces. On en ouvre une pour lui faire plaisir et le remercier de sa générosité mais le cœur n’y est pas du tout.

On prend un peu de place.

Finalement, le bus arrive ! Si vite que d’ailleurs il a failli ne pas nous voir alors que nous faisions des grands gestes pour l’arrêter. On demande au chauffeur si on peut monter nos vélos, il marque une hésitation puis il acquiesce. Son bus est complètement vide, on court détacher nos montures, on se dépêche de tout monter et on pousse un soupir de soulagement. On se voyait déjà devoir faire le chemin en sens inverse le lendemain pour chercher nos vélos et perdre une journée. Le bus qui mène à Wonju se remplit sporadiquement et on essaie de prendre le moins de place possible pour que les gens puissent s’asseoir, ce qui est difficile avec tout notre attelage. Clémence est très mignonne, elle a compris que la situation était problématique et elle n’arrête pas de vouloir aider.

Une heure après, nous arrivons au terminal de bus de Wonju. On descend toutes nos affaires en deux temps trois mouvements à la va-vite sur le trottoir. Tous les Coréens arrêtés à l’arrêt de bus nous dévisagent interloqués en se demandant ce que l’on peut bien faire avec tout ça dans un bus. On décide de la jouer stratégique et de se séparer : Stéphane va chercher un pneu de rechange pendant que Clémence et Cassandre se défoulent dans une aire de jeux à proximité. Dans le premier magasin où se rend Stéphane, ils n’ont pas l’air de comprendre ce qu’il demande.

Nos roues sont adaptables, c’est à dire qu’on peut mettre plusieurs tailles de pneus dessus mais le vendeur n’a pas l’air de saisir, il insiste pour vouloir remplacer le pneu par le même modèle. Il est gentil quand même et il appelle un autre magasin pour connaître son stock. L’autre a un modèle qui convient ! Stéphane remonte sur le vélo et il sprinte à l’autre endroit. Mais c’est la même scène ici, le vendeur ne comprend pas. Steph demande à voir les différents pneus disponibles, trouve une taille compatible et demande s’il peut l’acheter. Le vendeur est sceptique mais peu importe, il paie et repart rejoindre les filles.

Tous les trois, on se dépêche d’aller au terminal de bus pour prendre un autre bus qui mène lui à Chungju, notre destination du soir. Deux jeunes hommes de l’armée nous escortent pour nous ouvrir les portes battantes pour accéder au terminal car avec deux vélos et une cariole ce n’est pas simple de tenir les portes ! On a trente minutes d’avance et on souffle enfin un peu. Un bus arrive 10 minutes avant l’heure de départ prévue. Alors, on se dépêche de tout charger dans la soute. On galère à tout faire rentrer mais avec peu d’organisation (et de force) ça rentre ! Au moment où Cassandre présente les billets au conducteur, il nous explique que non ce n’est pas le bon bus, celui-ci se rend à Cheong-Jon et non ChungJu !

Clémence s’est vite endormie dans le bus.

Le notre arrivera à ce même quai dans 5 minutes : il faut donc tout ressortir de la soute ! Quelle plaie. Notre bus arrive peu après. On recharge dans la soute une deuxième fois et on monte à bord. Le bus est très propre et spacieux. Les sièges sont très confortables et Clémence s’endort sitôt partis. Une fois à Chungju, on l’emmène directement jouer. Le crachin n’a pas cessé mais ça se calme et c’est largement supportable. Stéphane en profite pour installer le nouveau pneu, qui fonctionne à merveille. Heureusement, la journée se termine sur une bonne note car l’hôtel bon marché de ce soir est bien plus joli que sur les photos et la chambre est spacieuse et comporte deux lits. On va pouvoir vraiment se reposer après une journée dantesque.

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