Le drame du karaoké
Bébé dort déjà depuis une heure quand nous entendons des cris dans l’hôtel. Les bruits se précisent et on comprend qu’un karaoké vient d’être lancé même si les chants se rapprochent plus du cochon qu’on égorge pour ses tripes que de Céline Dion aux Jeux Olympiques. Nous ne sommes pas encore fatigués mais le bruit nous agace un peu et on fixe une limite d’une heure. Si à 1h du matin les chants n’ont pas cessé, l’un de nous descend. Et évidemment, le bruit s’accentue et on s’oriente maintenant sur l’agonie de l’animal. Stéphane a peur que ça finisse par réveiller Clémence alors il descend demander aux gens d’arrêter ce raffut. Nous pensions avoir affaire à des coréens mais pas du tout, ce sont deux jeunes filles et un garçon visiblement d’un pays de l’est. Ils se trouvent bêtes face à la situation et ne savent répondre rien d’autre qu’un timide sorry. Le garçon était en train de chanter et il a la tête d’un kangourou pris entre deux phares, immobile et la bouche ouverte.
Stéphane remonte mais le bruit de la porte a réveillé Clémence… Il aurait peut-être mieux valu laisser chanter les casseroles car elle est vraiment debout. Désorientée, elle pense qu’on est le matin et elle réclame son biberon. Il faut des trésors de patience pour lui faire comprendre que c’est encore la nuit, on lui montre le ciel noir et les lumières de la nuit, on met des berceuses, des histoires mais rien n’y fait, elle n’arrive pas à se rendormir. Ce n’est qu’autour de 5h30 qu’elle sombre enfin dans le sommeil et nous avec.
Première journée de tourisme à Séoul
Pour bien gérer le jet-lag, une seule solution : se faire violence. Le réveil à 10 heures nous tire d’un sommeil si profond qu’il est dur de s’en arracher. Nous savons que nous n’avons pas le choix et nous mettons un moment à réussir à réveiller Clémence aussi. Notre objectif était de réussir à sortir à 11h et c’est chose faite avec quelques minutes d’avance sur le timing. Direction, la station de métro de Mapo à quelques minutes à pieds afin de rejoindre le quartier de Bongeunsa dans l’arrondissement de Gangnam. Gangnam, c’est l’arrondissement chic et luxueux de la ville, à mi-chemin entre le centre d’affaires et les habitations cossues de la haute société coréenne. Un savant mélange entre la Défense et le 16ème arrondissement de Paris rendu célèbre par l’évidente chanson Gangnam Style de Psy. Depuis l’étranger, le sous-texte parodique est passé inaperçu mais il se moque ouvertement dans la chanson de la bourgeoisie du pays.

La Starfield Library est un incontournable des passages à Séoul. Elle est immense, très esthétique et peu conventionnelle. Cependant, l’endroit est gâché par l’affluence énorme, les gens qui se font filmer en train de monter et descendre l’escalator et l’impression globale qu’on est plus ici pour la beauté du lieu plutôt que pour la culture. Nous en sortons finalement presque aussitôt et nous sortons nous perdre dans les ruelles.
Plutôt que de passer de points touristiques à d’autres, nous ciblons maintenant des quartiers et nous errons dans les rues. Cela permet de ne pas se mettre la pression de tout voir et tout faire et ça autorise surtout la spontanéité et les surprises. Nos pas nous mènent sur un site classé à l’Unesco, les tombes royales de Seolleung et Jeongneung.

Nous espérons que les altesses n’en prendront pas ombrage mais nous venons plus profiter du parc que de l’aspect historique. Séoul a la particularité de posséder plusieurs grands espaces verts qui cassent complètement le bruit de la ville. Clémence fait une sieste dans le sac à dos pendant qu’on apprécie la promenade. Elle se réveille moins d’une heure plus tard et si pleine d’énergie qu’on se demande comment elle fait avec le peu de sommeil qu’elle a eue.

Nous filons vers la forêt de Séoul, un gigantesque poumon vert dans la ville avec des sentiers de tous les côtés et surtout une aire de jeux. On sait la démographie en berne en Corée du Sud mais on le constate aussi, il y a très peu d’enfants et peu d’espaces pour eux. On ne tombe jamais sur un petit square et certains parcs référencés pour enfants ne sont que des petites places vides. Celle que l’on trouve est très grande, avec plein de jouets différents et Clémence se régale à grimper et à sauter pendant plus d’une heure.
Les réflexions sur la vie de parents
Nous avons beaucoup voyagé avant la parentalité et la présence d’un enfant chamboule évidemment le rythme. Chaque itinéraire prend beaucoup plus de temps car elle s’arrête fréquemment pour observer, ramasser une fleur ou un caillou, s’émerveiller d’une lumière qui clignote. Cela nous pousse à la contemplation aussi, à l’appréciation du temps long. Toutes nos journées sont tournées autour de son bien-être et de ses capacités. Heureusement, elle marche beaucoup pour son âge et se fatigue lentement. Quand elle se sent un peu usée, elle demande à être portée dans les bras ou dans le sac. Elle tombe en admiration totale devant le ruisseau Cheonggyecheon et nous aussi.

Sur son tracé se tenait précédemment une autoroute surélevée qui a été démantelée dans les années 2000. L’opposition a été féroce à l’époque mais les résultats sont édifiants car la pollution dans le centre de Séoul a baissé de 35 % et paradoxalement le trafic routier s’est aussi amélioré. Aucun habitant de Séoul ne voudrait revenir en arrière aujourd’hui tant l’endroit est somptueux. Ce n’est pas juste un canal qui passe mais un véritable ruisseau avec des infrastructures de tous les côtés et même de la faune sauvage puisqu’un héron s’y promenait tranquillement. Nous le remontons au rythme de Clémence, qui s’amuse à passer d’un côté à l’autre par les petits passages aménagés avec des rochers.

On finit la soirée dans un restaurant très spacieux de ce quartier plus tendance du centre-ville. On y mange un Dakgalbi (littéralement poulet sauté à la sauce piquante), un plat typique préparé en faisant sauter des dés de poulet marinés dans une sauce. Malheureusement, même en demandant peu épicé, le plat « piquotte » comme nous dit Clémence à chaque bouchée. Si nous avions su la traduction, peut-être aurions nous choisi un autre restaurant mais l’expérience est tout de même agréable avec la grande poêle sur notre table. Nous rentrons à l’hôtel via le métro tout proche qui fonctionne parfaitement bien.

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