À la découverte du plateau du Vercors à vélo et en famille

Le Vercors est une terre quelque peu mystérieuse. Longtemps méconnu et regardé de loin par les habitants des vallées, le massif n’a été vraiment découvert qu’au cours du 19ème siècle quand les premières routes ont été construites. Rabelais l’appelait le Mont Inaccessible et Jean Giono l’a dépeint dans de nombreux livres. De nos jours, il fascine toujours pour sa beauté et son isolement. Nous sommes allés y pédaler quelques jours.

  1. Jeudi 31 Octobre 2024 – Aix-les-Bains -> Saint-Martin-en-Vercors
  2. Vendredi 1er Novembre 2024 – Saint-Martin-en-Vercors – La-Chapelle-en-Vercors
  3. Samedi 2 Novembre 2024 : La-Chapelle-en-Vercors -> Col du Rousset
  4. Dimanche 3 Novembre 2024 : La-Chapelle-en-Vercors -> Saint-Hilaire-du-Rosier
  • Paysage : ⭐⭐⭐⭐⭐
  • Difficulté : ⭐⭐⭐
  • Sécurité : ⭐⭐⭐⭐
  • Facilité de logement : ⭐⭐⭐

Jeudi 31 Octobre 2024 – Aix-les-Bains -> Saint-Martin-en-Vercors

Au départ d’Aix-les-Bains, nous sommes confrontés à une équation à trois inconnues. La première nous inquiète depuis la veille : est-ce qu’il y aura de la place dans le train ? Car la ligne est coupée entre Chambéry et Grenoble à partir de 9h et le dernier train de la matinée est donc à 8h26. Nous craignons qu’il soit plein de travailleurs allant sur Grenoble mais l’arrivée sur la gare nous soulage directement. Le quai est désert et quand le train entre en station, il est vide. Le wagon vélo est même parfaitement adapté.

Dans le train.

La seconde inconnue se présente à la gare routière de Grenoble. Nous avons lu partout que les bus de la région peuvent prendre les vélos sur un grand rack à l’arrière mais nous ignorons si c’est vraiment le cas. En avançant jusqu’à notre emplacement, nous réalisons que tous les bus possèdent bien le fameux rack et le notre aussi. Nous réussissons à fixer nos vélos avec l’aide d’un jeune homme et nous prenons place à bord.

Dans le bus.

C’est là que se présente la dernière épreuve de ce parcours de plusieurs heures. Est-ce que Clémence va résister aux virages qui nous montent à Villard-de-Lans ? Depuis ses deux ans, elle est parfois malade en voiture. Tout se passe bien sur les longues lignes droites de Grenoble mais dès que la pente s’élève, elle se plaint de son ventre. Elle devient livide et nous faisons tout notre possible pour atténuer les mouvements du bus. Par un miracle inespéré, elle tient le coup jusqu’à Villard-de-Lans en fermant les yeux et en se collant à Stéphane. Nous récupérons nos vélos à l’arrière, la remorque et les bagages dans la soute et nous soufflons un bon coup. Tout s’est bien passé !

Il fait très beau sur le plateau du Vercors et nous prenons notre déjeuner de manière classique : sur une aire de jeu. Nous allons parcourir ce haut-lieu de la Résistance pendant quatre jours et nous attaquons par la montée du col de Herbouilly pour rallier Saint-Martin-de-Vercors, notre point de chute du jour. Nous faisons une étape courte car nous avions peur que quelque chose déraille dans ce plan multimodal.

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Nous profitons de notre arrivée tôt à l’hôtel pour aller marcher dans la campagne environnante. Nous suivons des petits chemins dans les collines et nous tombons sur une savonnerie. Nous arrivons au milieu d’une visite que nous prenons au vol et elle se révèle passionnante. La commerçante connaît le savon sur le bout des doigts et elle réussit à mêler l’Histoire avec nos modes de consommation actuels. Nous repartons évidemment avec des petits savons que Clémence ne veut pas lâcher sur le chemin du retour.

Il n’est que 17h30 mais nous devons nous signaler avec la lampe de nos téléphones car la nuit commence à se répandre sur la vallée. L’étoile du berger est même déjà visible, ce qui nous laisse penser que tout le plateau doit être un lieu de choix pour l’observation des étoiles. Nous sommes le soir d’Halloween et sur la petite place du marché du village, le comité des fêtes convie tous les gens à boire une soupe de citrouille et du vin chaud. Deux vieux monsieurs jouent de l’accordéon et du violon, ajoutant à l’ambiance conviviale. Nous rentrons manger au restaurant de l’hôtel pour clôturer une journée commencée tôt le matin.

Vendredi 1er Novembre 2024 – Saint-Martin-en-Vercors – La-Chapelle-en-Vercors

Qui est la personne qui a appelé cet endroit le « plateau » du Vercors ? Quelqu’un qui voyait le massif d’en bas et qui s’imaginait une gigantesque plaine ? Ou bien quelqu’un qui ne se déplace qu’en voiture et qui ne se rend pas compte de la rudesse du relief ?

La montée vers la grotte de la Luire.

Ce sont les pensées qui nous traversent depuis le départ de Saint-Martin-en-Vercors car la route n’en finit pas de valloner. Ça monte puis ça descend, sans offrir le moindre répit. Heureusement, à midi nous nous arrêtons à notre logement du jour pour déposer les sacoches et donc rouler un peu moins lestés. Après un déjeuner sur le pouce, nous filons à vélo pour visiter la grotte de la Luire.

Le Vercors est une terre de résistants et les lieux de pèlerinage sont légions. Nous nous arrêtons régulièrement pour prendre des photos et avoir une pensée pour ses jeunes héros des années 40. La grotte de la Luire a été un hôpital de fortune en 1944, un refuge pour des blessés pendant que les allemands bombardaient sans relâche tout le massif. Quand ils ont été découverts, les nazis les ont presque tous fusillés, n’épargnant que quelques infirmières qui seront elles déportées.

À l’intérieur de la grotte de la Luire.

Notre guide est un belge à l’accent wallon très prononcé. Sa femme tient la petite boutique sur le parking. Il est très drôle, connaît sa grotte sur le bout des doigts et arrive à mêler la géologie et l’Histoire. Nous craignons que Clémence ait peur du noir mais le guide nous fait fabriquer des bougies nous-même que nous mettons ensuite dans des lanternes.

Même si elle n’est pas rassurée, elle tient bien le coup et s’émerveille aussi de la beauté de la grotte. Nous apprenons que quelques fois par an, à la fonte des neiges, la cavité se remplit jusqu’à 500 mètres de profondeur et finit par déferler en torrent sur les villages alentours. Quand le réservoir est plein, il représente l’une des plus grosses réserves d’eau intérieures au monde.

Le retour vers La-Chapelle-en-Vercors.

A 16h, nous refaisons la route en sens inverse pour retourner sur La-Chapelle-en-Vercors et aller jouer à l’aire de jeu. Malgré l’heure précoce, il fait déjà froid et nous rentrons assez tôt au logement. C’est assez rare pour être souligné mais nous avons décidé de dormir deux nuits au même endroit. Ainsi sans les sacoches, nous pourrons grimper des cols le lendemain.

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Samedi 2 Novembre 2024 : La-Chapelle-en-Vercors -> Col du Rousset

La ferme pédagogique du Vercors se situe à quatre kilomètres au-dessus de La-Chapelle-en-Vercors. Ici, un couple d’exilés du Nord a récupéré une ferme et l’a transformé à ses goûts. Marie nous accueille à 10h30 accompagnée de son petit Lucas en poussette. Nous sommes les seuls visiteurs du jour, ce sera donc une visite privée.

Nous commençons par donner à manger aux cochons, ce qui amuse beaucoup Clémence. Nous passons dire bonjour aux deux ânesses qui s’approchent sans peur. Cassandre demande à Marie s’il y a beaucoup de loup dans les parages. Sa réponse nous étonne car elle répond « oui, énormément. » Elle nous explique qu’il y a plusieurs meutes de dix loups qui se promènent sur le plateau.

Elle est partagée à ce sujet, entre le respect de la chaîne alimentaire et la nécessité de protéger son activité. Elle nous apprend que les animaux sont tous rentrés la nuit, partout dans le Vercors. Aucune bête ne dort dehors car les meutes peuvent même s’en prendre à des chevaux.

Nous allons ensuite voir les chèvres, puis les poules et la volaille. Nous évitons les chiens de traîneaux, autre activité du couple, car Clémence n’est vraiment pas rassurée par les chiens.

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Il est déjà 11h30 et c’est l’heure de remonter sur les vélos pour finir la montée du col de Proncel et descendre sur Vassieux-en-Vercors. Ce minuscule village abrite le musée de la Résistance ainsi que de nombreux monuments aux morts. Celui situé en face de la mairie interpelle par la répétition des noms de famille. Il est très clair que les allemands ont décimé le village en tuant méthodiquement toutes les familles.

La nécropole de la Résistance.

Nous déjeunons face à la stèle, un repas acheté sur le pouce. L’insouciance de Clémence qui s’amuse dans l’herbe tranche avec la solennité du lieu mais c’est la vie qui suit son cours. C’est déjà l’heure de la sieste et Clémence remonte dans la remorque pendant que nous partons à l’assaut du col du Rousset et son belvédère.

Sur la route du col du Rousset.

La route en bord de ravin est déjà spectaculaire mais le tunnel de 800 mètres nous dévoile à sa fin un panorama spectaculaire. Le long du muret sur lequel nous sommes accoudés, nous observons les Baronnies Provençales et la route qui serpente en lacets jusqu’à la ville de Die, de l’autre côté du Vercors. Le soleil qui frappe et le ciel bleu déposent une palette de couleurs phénoménales sur la vallée.

La vue depuis le belvédère du Col du Rousset.

Clémence dort toujours alors nous remettons nos gilets pour entamer la descente et rejoindre à nouveau La-Chapelle-en-Vercors. Elle se réveille en cours de route et nous nous arrêtons à l’aire de jeu, puis chez un charcutier-traiteur. Sur ses bons conseils, nous découvrons des produits locaux que nous rentrons cuisiner en famille pour le repas du soir.

Dimanche 3 Novembre 2024 : La-Chapelle-en-Vercors -> Saint-Hilaire-du-Rosier

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Nous ne sommes pas pressés ce matin. Le dernier jour des vacances est toujours un peu triste car nous savons que dès le lendemain, nous ne passerons plus toutes nos journées à trois. Nous faisons un peu traîner le petit-déjeuner mais il faut partir à 10h maximum. Notre train est à 15h14 et nous avons 3 heures de vélo à effectuer. Nous souhaitons prendre un peu de marge au cas où quelque chose se passe mal.

Clémence nous aide à boucler les sacoches, nous lui confions de petites missions pour qu’elle se sente impliquée et à 9h30, nous décollons. Le mot décoller est finalement un peu fort car la route qui nous mène à la sortie du massif du Vercors depuis La-Chapelle monte pendant dix kilomètres. C’est le tour de Stéphane de tirer la remorque et l’arrivée en haut du col de Carri se fait péniblement. Il faut dire que le dénivelé affiche parfois 10%. Heureusement, le temps est au beau fixe et il fait frais, un temps idéal pour pédaler.

Dans la montée du col de Carri.

Nous sommes maintenant sur une descente qui va nous mener jusqu’à la gare de Saint-Hilaire-du-Rosier en une trentaine de kilomètres. Nous faisons une pause à Quartier Libre, une auberge qui fait restaurant, café et aire de jeux. L’endroit ressemble à un petit paradis mais malheureusement, il est victime de son succès car il n’y a plus de place pour manger. Nous n’y buvons qu’un café en jouant avec Clémence sur un tourniquet rudimentaire.

Le restaurant Quartier Libre.

Nous renfourchons les vélos mais nous ne faisons que cent mètres. En effet, juste au tournant de la route démarre la combe Laval. Tout en haut du col de la Machine, 4 kilomètres de voies étroites ont été creusées à même la falaise en 1896. Rapidement et grâce à son panorama, elle est devenue un lieu touristique très prisé. Aujourd’hui, une mer de nuage bloque le paysage sur la vallée en contrebas mais elle ajoute un côté onirique à l’ensemble. Nous roulons presque au ralenti car l’endroit est fascinant.

La Combe Laval.

Les motards et les automobilistes sont aussi présents en nombre, bien qu’on imagine facilement que l’endroit doit être pris d’assaut l’été. D’ailleurs, les voitures se croisent déjà difficilement en Novembre alors il faut sûrement faire très attention quand l’affluence est haute. Le parapet n’est pas bien grand et on pourrait vite basculer dans le vide. Nous parcourons les 4 kilomètres à allure toute douce en enchaînant les multiples tunnels et nous entamons la descente qui nous sort définitivement du Vercors.

Les nuages que nous voyions d’en haut se rapprochent progressivement et nous réalisons que nous les traversons quand la température descend drastiquement d’un coup. Nous sommes obligés de nous arrêter pour nous rhabiller et pour veiller à ce que Clémence soit assez couverte. Jusqu’à notre arrivée à Saint-Jean-en-Royans, nous sommes frigorifiés. La chute de température couplée au vent provoqué par la descente nous a glacé les os.

Nous mangeons ici sur le pouce mais nous repartons rapidement vers Saint-Hilaire-du-Rosier où nous attrapons notre train du retour. La logistique du train est toujours la même : Cassandre s’occupe de Clémence et de la remorque, Stéphane s’occupe des vélos. Tout se passe bien sur ce premier train mais c’est comme souvent sur la ligne la plus empruntée que les problèmes arrivent.

Notre train Valence – Avignon n’est pas bondé mais il est bien plein et des voyageurs se sont installés, comme d’habitude, sur les emplacements vélos. Nous sommes encore une fois obligés de faire bouger tout le monde pour réussir à installer nos bicyclettes aux emplacements prévus pour elles. Nous arrivons à Avignon autour de 18 heures. Le retour à la vie normale nous fait toujours un drôle d’effet car le temps long du cyclotourisme permet de profiter des petites choses. La suite à la prochaine aventure à vélo !


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