Bedarieux n’est sûrement pas la plus belle ville de France. Ne vous y trompez pas, ses vieilles rues étroites ont quand même un certain charme mais tout sent plutôt l’abandon que le pittoresque. C’est pourtant ici que démarre notre nouvelle aventure à vélo à trois.
Après un petit-déjeuner et un casse-tête pour savoir ce qui va dans les sacoches et ce qui reste dans la voiture, nous nous confrontons au plus dur du voyage à vélo : la mise en route. Il faut tout vérifier, tout resserrer, tout regonfler et c’est bien deux heures après le petit-déjeuner que nous prenons enfin la route.
Jour 1
https://strava-embeds.com/embed.jsLa Passa Païs qui va de Bedarieux à Castres a la particularité de ne proposer que du chemin. C’est assez roulant mais la vitesse n’est pas la même que sur le bitume. De toute façon, il pleut et nous commençons à penser que nous sommes maudits avec Météo France. Notre dernier voyage avait déjà dû être raccourci à cause du climat.
Nous parcourons les 10 premiers kilomètres sous la pluie jusqu’à ce que Clémence hurle littéralement dans sa remorque à la vue d’un parc pour nous le signaler. Devant son enthousiasme, on marque un temps d’arrêt et on lui accorde volontiers que cette aire de jeux a l’air quand même très sympa. Elle a l’immense bon goût d’être située devant une guinguette, « En avant Guinguette » de son petit nom, ce qui nous permet de boire un café chaud à tour.






Après la découverte que notre fille sait dorénavant faire de la balançoire toute seule, on se remet en selle jusqu’à Mons où nous mangeons au restaurant Lo T’chapaïre. Là, un groupe de personnes âgées nous aborde et se trouve émerveillé de la distance que nous parcourons. Cette fracture entre les gens est toujours étonnante à constater car le curseur de l’effort physique est vraiment très différent selon les gens. Nous ne sommes cependant pas dupes sur notre niveau sportif et nous savons que nos étapes d’à peine 40 kilomètres ne représentent pas grand chose.
A la fin de cette discussion, la pluie s’est arrêtée et nous en profitons pour repartir rapidement afin de passer entre les gouttes. Clémence s’endort dans sa cariolle et nous filons sans traîner vers Prémian où nous logeons au Moulin d’Arcas. Elle dort encore quand nous arrivons et nous en profitons pour discuter avec les propriétaires des lieux, un couple de bitterois qui a changé de mode de vie. Ils sont vraiment adorables et après l’habituelle routine parc/douche/pyjama du début de soirée, nous passons le repas avec eux.
Ils ont plein d’histoires à raconter et Clémence est en excellente forme, elle n’arrête pas de parler et de nous faire rire avec son vocabulaire tellement riche pour une enfant de deux ans. A 22h, on sonne quand même la fin de la recré et en remontant vers la chambre, on réalise qu’on voit des étoiles partout dans le ciel. Depuis le temps qu’on veut lui montrer, nous sommes ravis et nous nous allongeons quelques minutes dans l’herbe pour savourer ce fabuleux spectacle.


Jour 2
https://strava-embeds.com/embed.jsSous son petit nom pittoresque, la Passa Païs cache une réalité bien propre au sud : l’abandon des infrastructures pour les vélos. Car depuis son début à Bedarieux, l’effet qu’elle nous fait est particulièrement mauvais. Nous avons la sensation que les aménageurs publics et les chargés d’étude ont vraiment réfléchi à la question suivante : comment embêter les cyclistes au maximum ? L’itinéraire est pensé pour être le moins agréable possible. Déjà le revêtement en terre damée laisse vraiment à désirer. On cumule ça avec des dizaines de barrières à franchir à l’arrêt, parfois en devant descendre de vélo pour faire passer la remoruqe. On y ajoute les franchissement de bordure non biseautée qui se présentent tous les kilomètres et on a vraiment la recette du désastre.
Parfois, le chemin cabossé longe une superbe route refaite à neuf et parfois on nous envoie partager un trottoir avec des piétons. La différence de traitement entre les cyclistes et les automobilistes est encore une fois flagrante. Pourtant notre journée avait bien démarré.

Luc et Nanou de notre gîte nous ont servi un excellent petit-déjeuner et nous reprenons la route rassasié. Il fait beau et chaud, le chemin serpente à travers la forêt. Mais à notre premier arrêt à Saint-Pons-de-Thomières, nous déchantons déjà. La ville est un océan de bagnoles, un parking géant où l’on aurait placé quelques baraques d’origine pour faire joli mais elle est en plus traversée constamment par des semi-remorques. Le bruit est permanent et même si nous laissons sa chance au village en visitant les petites rues, nous préférons fuir quand même le plus vite possible.
Problème : notre route est en pente pour rejoindre la voie verte et les camions n’ont pas franchement envie de faire preuve de patience. Après plusieurs dépassements à la limite du légal, une voiture nous frôle vraiment à grande vitesse. On nous parle souvent de l’enfant roi à qui il ne faut rien céder, mais la France est remplie d’adultes rois, incapables de gérer leur frustration et de faire preuve de patience pour éviter de mettre en danger un couple avec un bébé. Des gens sont prêts à tenter les dépassements les plus dangereux du monde pour arriver à un feu rouge 20 mètres plus loin.


C’est énervés que nous arrivons à Courniou où la voie verte est longée par un bar et une aire de jeux pour enfants. C’est l’arrêt parfait pour faire la pause de midi et nos tensions redescendent à coup de toboggan et d’escalade sur les cordes. Après une bonne heure passée sur place, nous promettons à Clémence de nous arrêter à la prochaine aire de jeux que l’on croise, un moyen fourbe mais efficace de la faire remonter à chaque fois dans la remorque sans rechigner.
Bonne pioche : à 15 kilomètres plus loin, un nouvel espace de jeux avec d’autres infrastructures, des toilettes et de quoi remplir nos gourdes. Nous y jouons presqu’une heure avant de reprendre le bitume. Nous commençons à nous lasser de cette route abîmée qui chemine à travers la forêt. Il n’y a aucun paysage, aucun point de vue et l’ensemble est monotone. Nous discutons pendant que Clémence dort et nous finissons par arriver à Mazamet pour le goûter.
Nous prenons possession de notre Airbnb, tenu par une directrice de crèche. L’endroit est rempli de jouets et nous avons toutes les peines du monde à faire repartir Clémence direction la passerelle Himalayenne. Nous garons nos vélos au parking et décidons d’opter pour l’ascension la plus courte mais la plus pentue, à 19% de moyenne. A notre grande surprise, Clémence en grimpe une bonne partie avant d’abdiquer et de finir sur les épaules de Maman et Papa par alternance.


La passerelle est un pont de singe, ou pont suspendu, et elle a été inaugurée en 2018. C’est donc un tout nouveau monument que nous traversons là. Clémence n’a pas peur du tout et elle se fait l’aller retour sans montrer la moindre once d’hésitation. Sur le chemin du retour en ville, nous trouvons un grand parc de jeu mais la fréquentation de la ville de Mazamet nous étonne un peu. Nous croisons beaucoup de gens agressifs et provocateurs et bien que ça ne nous fasse jamais peur, cela ne nous donne pas pour autant envie de flâner. Après quelques courses, nous rentrons à l’appartement pour profiter d’un repos bien mérité.
Jour 3
https://strava-embeds.com/embed.jsCe matin, nous retardons le départ de demie-heure en demie-heure. Il faut dire que la pluie ne cesse pas et qu’elle s’intensifie même parfois. Le train Castres-Toulouse que nous devions prendre pour éviter les intempéries a été annulé, comme tout ceux de la veille. Dans le fameux débat sur l’autoroute, beaucoup de gens nous ont expliqué qu’ils souhaiteraient surtout avoir plus de trains. C’est après tout vrai, pourquoi construire une autoroute qui va coûter des milliards d’euros quand il suffirait d’assurer une fréquence régulière sur le tronçon ferré ? À l’heure actuelle, il n’y en a que 4 ou 5 par jour.
Toujours est-il qu’après avoir repoussé le départ, nous profitons d’une accalmie pour enfourcher nos montures. Nous voulions aussi éviter la portion Mazamet-Castres car elle a très mauvaise réputation dans le monde du cyclotourisme. L’ensemble est plutôt bien balisé mais les routes sont encore une fois en mauvais état. Nous nous retrouvons sur des routes à 70 puis sur des petits chemins mignons.La pluie gagne en puissance et nous pestons intérieurement contre les aménageurs publics.
Les chemins blancs réservés au vélo nous opposent des dos d’âne tous les 300 mètres. Avec la pluie, des flaques se forment aux pieds et les rendent difficiles à voir. Nous finissons par arriver à proximité de Castres sous une pluie battante et continue. Nous sommes trempés jusqu’aux os et à notre mauvaise surprise, la signalétique arrête subitement d’indiquer la direction de la ville. Les panneaux indiquent toutes les directions sauf le centre de Castres.
Nous finissons notre trajet au GPS dans un flot de voitures digne de Paris. Castres semble bloquée dans les années 70. Nous nous retrouvons sur des routes où trois voies filent dans le même sens, les gens roulent à une allure folle et semblent faire peu de cas des piétons. À 12h30, nous arrivons enfin à la chambre d’hôtes « L’Autan d’Isabelle » où nous apprenons avec bonheur que nous pouvons déjà accéder à la chambre. Nous montons nous changer et prendre une douche chaude à trois pour laisser derrière nous cette horrible matinée.
En ressortant dans Castres pour manger, l’impression d’une ville offerte aux voitures est prégnante. Pas un espace n’est pas occupée par une voiture. Les bords de l’Agout, la rivière qui traverse, pourraient pourtant être si mignons mais ils servent de parking. Des petites places sont abandonnées à l’automobile alors qu’elles pourraient être très mignonnes.



Et cela se ressent dans la conduite. Quand on a tous les droits sur une ville, on l’a aussi sur les habitants et c’est exactement ce que l’on ressent en tant que piéton, la même sensation qu’à Marseille. Il faut redoubler de vigilance sans arrêt, il ne faut faire confiance ni aux passages piétons ni aux priorités. Notre balade n’est pas exactement agréable et nous sommes heureux de trouver le seul parc de la ville où Clémence peut enfin se promener sans craindre pour sa vie.
Le drame est que le gros du trafic a l’air d’être extérieur à Castres puisque quand nous ressortons pour manger le soir, la ville est déserte. C’est le sujet épineux de l’étalement urbain où, pour la sacro-sainte trinité maison-jardin-enfants, les français font le choix d’être dépendants de leur voiture et ainsi d’imposer une pression énorme aux villes pourvoyeuses d’emploi. Bref, Castres ne nous laissera pas un souvenir impérissable.

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