Nous nous étions ennuyés à vélo sur la véloroute du canal latéral de la Garonne. Trop plat, trop facile, pas assez de paysages à observer. Nous cherchions un défi plus sportif pour nos prochaines vacances. Puisque nous habitions dorénavant à Avignon, le spectre de recherche pouvait s’étendre un peu plus. Nous avions plusieurs critères pour notre prochain voyage à vélo. Nous voulions du dénivelé, des beaux paysages, un accès en train, de la fraicheur et peu de touristes. On pourrait penser que nous étions trop exigeants mais le voyage à vélo a ça de bien qu’il existe autant de variables que de cyclistes.
Nous jetons notre dévolu sur une portion de la Via Allier. Longue de 455 kilomètres depuis Langogne à Nevers, elle suit donc la rivière du même nom en passant par Clermont-Ferrand. Elle se situe sur la ligne de train Clermont-Nîmes avec des gares éparpillés sur le parcours, ce qui permet des portes de sortie rapides en cas de problème. Au niveau matériel, nos vélos ont changé depuis l’année précédente car nos Hoprider 900 ont été volés. Nous roulons avec un gravel Kona Rove d’un bordeaux magnifique et un Touring 520 de Décathlon dédié aux voyages longues distances. La remorque est toujours la Chariot Cross Alaska dans laquelle Clémence se sent parfaitement bien. Elle nous sert de poussette au quotidien, elle y est donc parfaitement habituée.
Nous partons d’Avignon le samedi en fin d’après-midi sous une température de 40 degrés. La route qui mène en Lozère par Bagnols-sur-Cèze est difficile avec un enfant en bas âge. C’est tortueux, sinueux, les lignes droites sont très rares. Après 3h30 de route, nous arrivons à Langogne en début de soirée. A notre grande surprise, il fait froid pour la saison, à peine 18 degrés.
Nous trouvons notre logement, le Modest’Inn – GR 70, qui accueille des marcheurs effectuant le chemin de Stevenson. Nous mangeons autour de la table avec une petite troupe de copains en pleine longue randonnée. Clémence fait toujours son effet avec ses petits sourires mignons et Christelle, l’hôtesse des lieux, nous avertit d’un détail que nous n’avions pas envisagé.
Il fait 6 degrés le matin à 8h, très froid pour la saison. Nous avons bien sûr pris des vêtements chauds mais pas non plus de vêtements d’hiver. Toute gentille, elle nous ramène un de ses vieux pulls qui a drastiquement réduit au lavage. Nous le gardons précieusement.
Jour 1
https://strava-embeds.com/embed.jsAu moment de partir, il fait bien très froid. Nous nous couvrons correctement mais le regrettons presque immédiatement car la première côte nous cueille sur du 7% pendant 2 kilomètres. Ce n’est cependant pas le moment de se plaindre, c’est exactement ce que nous sommes venus chercher ! Nous enlevons des épaisseurs et on repart à l’assaut de la montée qui nous amène à Pradelles. Après 8 kilomètres en une petite heure, nous faisons un arrêt visite et repas.




La Lozère est le département de France le moins peuplé et le moins dense mais aussi le plus haut. C’est ce qui explique la beauté incroyable de ses hauts plateaux que l’on observe déjà. On vient de démarrer et les paysages sont tout de suite sublimes. En prenant des photos, on se demande même si on s’émerveille parce que l’on a passé trop de temps loin de la nature. Mais non, la Lozère est un petit trésor caché.
Pradelles est un petit village très mignon, juché à flanc de falaise. Il fait partie de l’itinéraire emprunté par Robert Louis Stevenson avec son âne et il est donc très prisé des randonneurs. D’ailleurs, la quête du Stevenson, comme les gens disent, nous paraît parfois absurde. Pourquoi vouloir marcher sur le même itinéraire qu’un homme, si célèbre soit-il, qui a cheminé là en 1879 ? Qui plus est avec un âne ? La pratique nous étonne mais les marcheurs sont si gentils et avenants qu’on ne se permet pas de les remettre en question. Chacun trouve son bonheur où il peut.
Après un petit repas dans une brasserie, nous remontons sur nos bicyclettes pour une longue descente qui nous mène à Chapeauroux. Nous prenons nos quartiers dans l’hôtel Beauséjour, une vieille bâtisse qui n’a rien à envier aux plus beaux hôtels de France. Certes, l’endroit est un peu vieillot mais la propriétaire, Diane, est très chaleureuse et elle tente de faire survivre tant bien que mal cet établissement familial. La salle à manger possède une vue à couper le souffle sur la voie ferrée en viaduc et le passage des trains est époustouflant. Elle nous raconte que l’endroit est encore plus beau l’hiver sous la neige, ce que nous croyons sur parole.
Où nous avons dormi : la maison Beauséjour.

Jour 2
https://strava-embeds.com/embed.jsC’est là que les choses sérieuses commencent. Après un petit-déjeuner d’un mauvais rapport qualité-prix, nous attaquons par l’ascension du col du Mont Mouillé, une excroissance volcanique de 8 kilomètres à 6% de pente avec des portions à 17%. Nous montons lentement, très lentement mais à notre rythme, ce qui nous permet d’arriver au sommet après 1h10 d’effort. Bébé s’éclate à l’arrière et elle s’amuse à chanter « Allez Papa, allez Papa ! » ou « Allez Maman, allez Maman ! » selon qui tire sa remorque.
A Alleyras, nous faisons une pause repas sur une petite terrasse. Une famille a aménagé son propre extérieur pour accueillir les gens de passage avec une boisson fraiche ou un café. On peut même y manger son propre repas, ce que nous faisons avec grand plaisir. L’endroit fait aussi chambre d’hôtes mais nos roues sont attendues ailleurs pour ce soir. Après une petite séance photo de ce village tout à fait pittoresque, nous reprenons la direction du Nord.
La pente annoncée ne nous fait pas peur mais l’état de la route rend la montée très difficile. C’est un chemin sablonneux couvert de cailloux. Dès qu’une voiture passe, elle entraine dans son sillage un nuage de poussière très désagréable. C’est Cassandre qui fait la grimpette avec la remorque et elle en chie visiblement. Heureusement, au détour d’un virage se dévoile le village de Saint-Privat-d’Allier. Bien calé à flanc de colline, il offre une vue grandiose sur la vallée en contrebas avec l’Allier qui coule paisiblement et la voie ferrée du Paris-Nîmes.





C’est aussi un village de randonneurs et notre refuge du soir, la Cabourne, en est rempli. L’établissement ressemble à une grande colonie avec ses dortoirs, son grand réfectoire, et toutes les infrastructures pensées pour les voyageurs. Stevenson oblige, il y a même un petit pré où l’on peut faire dormir les ânes. Une famille arrive justement avec un âne récalcitrant, ce qui nous amuse un peu mais nous nous déplaçons pour les aider à transporter des bagages tombés.
Le gîte est très convivial, les gens sont tous attendris par Clémence et nous passons une excellente soirée à la cantine à discuter de tout et rien avec nos voisins. Tout le monde se couche cependant tôt car nous avons chacun de la route à faire le lendemain.
Jour 3
https://strava-embeds.com/embed.jsAprès une excellente nuit, nous faisons un petit arrêt au stand pour assouvir la passion nouvelle de Clémence : les abricots. Nous achetons quelques viennoiseries et nous nous laissons glisser doucement le long des 15 kilomètres de descente qui nous mène au hameau de Pradès. Son pont est magnifique et il abrite une petite plage qui arrive à point nommé car il fait chaud ce matin-là. Ce petit endroit de paradis reflète exactement ce que nous sommes venus chercher le long de l’Allier. Du calme et des moments privilégiés dans une nature préservée.

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