De Marseille à Lyon, où comment faire toutes les erreurs de débutants possibles

C’est un midi de début septembre. Nous sommes attablés à la terrasse d’un petit restaurant de La Rouvière à Marseille. Stéphane a eu une idée derrière la tête : puisque nous allons bientôt être parents, il aimerait faire une dernière folie avant l’arrivée de bébé, monter jusque dans les Ardennes à vélo. Cassandre est partante, évidemment. Il ne nous reste plus qu’à acheter tout le matériel et planifier notre itinéraire.

23 Octobre 2021 : Marseille -> Avignon

Avant de prendre le train à la gare de Marseille.
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Les automobilistes du sud de la France ne sont pas réputés pour leur patience avec les vélos. Par mesure de sécurité, nous préférons ne pas traverser les Bouches-du–Rhône et nous prenons donc le train au départ de Marseille. C’est presque la partie du trajet qui nous stresse le plus tant les infrastructures cyclables sont minables à Marseille. Pour monter à la fabuleuse gare Saint-Charles à vélo, il faut bien penser à passer par l’arrière pour éviter l’escalier monumental.

A 9H30, nous sommes dans le train qui mène à Arles où nous descendons 45 minutes plus tard. Premier constat, le train avec les vélos se fait très bien. Deuxième constat : le vent souffle très fort. Nous n’avions pas réfléchi à cette équation puisque nous voulions monter quoi qu’il arrive mais le long du Rhône, le Mistral souffle du Nord au Sud. Nous rejoignons péniblement Beaucaire à travers des champs balayés par le vent en avançant à peine à 12 kms/h. Nous déjeunons dans un restaurant très sympathique nommé L’Epicerie où nous prenons des forces avant de reprendre la route.

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L’après-midi n’est guère plus concluant. Le vent semble prendre un malin plaisir à nous empêcher d’avancer et nous aurons finalement mis 5 heures à faire 60 kilomètres. Dans Avignon après une douche bien méritée, nous descendons manger à l’Atelier de Bélinda, un petit restaurant fantastique sur la place des Corps Saints. Nous discutons de nos ressentis pendant le repas et les premières conclusions tombent : nous sommes trop chargés et surtout, nous aurions dû roder nos vélos avant de partir. Car nos nouvelles montures nous font très mal aux fesses, nous ne sommes pas habituées à la selle. Demain sera un autre jour et nous tâchons de bien nous reposer.

Erreur numéro 1 : 1️⃣ Un chargement trop lourd
Nous avons emporté bien trop d’affaires, au point que Cassandre avait même pris ses cours d’italien ! Chaque kilo compte en voyage à vélo, et nous aurions dû nous alléger au maximum pour ménager nos forces et nos articulations.

Dimanche 24 Octobre 2021 : Avignon à Lapalud

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Sur un petit bras de Rhône à Sorgues.

Nous quittons Avignon peu avant 10 heures. C’est dimanche, les rues sont désertes et heureusement car la ViaRhôna nous fait passer dans une zone industrielle affreuse au niveau du Pontet. Il doit être compliqué de la traverser à vélo en semaine. Heureusement, après Sorgues on retrouve la quiétude des bords de fleuve mais toujours avec ce vent qui nous fouette le visage et nous force à produire deux fois plus d’effort. Nous roulons très légèrement plus vite que la veille, 13 kms/h, mais c’est toujours très dur. Nous arrivons à Caderousse, une ville réputée pour sa digue en pierre qui cerne tout le village. Elle le cerne si bien qu’il n’y a pas âme qui vive et nous ne trouvons qu’un restaurant hors de prix pour déjeuner.

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Nous repartons et nous roulons encore presque 3 heures. Le vent est toujours là, il nous nargue, joue avec nos nerfs. Ce voyage est déjà moins fun que ce que nous avions imaginé mais nous ne sommes pas du genre à abandonner au bout de deux jours alors on s’accroche, on ne dit rien, on ne pense plus aux jambes qui font mal et à cette poussée contraire permanente. Nous sommes quand même heureux d’arriver à Lapalud où nous prenons possession d’un petit Airbnb très sympa, avec tous les outils pour entretenir nos vélos. Cela nous permet de mettre un petit coup de pompe pour le lendemain.

2️⃣ Un départ mal planifié face au vent
Nous sommes partis sans prendre en compte les conditions météorologiques, notamment le mistral. Pourtant, ce vent puissant ne souffle pas en continu, et un simple décalage de quelques jours aurait pu nous éviter une lutte permanente contre les rafales.

25 Octobre 2021: de Lapalud à Le Pouzin

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Il fait froid ce matin quand nous partons. On sent que nous quittons le climat méditerranéen pour entrer progressivement dans l’orbite du climat central. Malgré le vent qui ne nous quitte pas, la route est très agréable. Il faut souligner que la Viarhona est très bien balisée et que notre GPS ne sert que de sécurité. Nous roulons encore légèrement plus vite que la veille, signe que nos jambes s’habituent. Il faut toujours compter quelques jours pour que le corps s’acclimate.

Nous profitons du soleil pour pique-niquer et flâner un peu en bord de Rhône. La météo s’adoucit dans la journée, nous traversons Montélimar où nous grignotons dans un parc public. Autour de 17h, nous arrivons à Le Pouzin où nous dormons à l’hôtel Ibis. Encore aujourd’hui, la route était trop longue et nos articulations commencent à tirer de tous les côtés. Cassandre souffre des genoux et elle commence à contempler l’idée de s’arrêter même si elle garde l’idée pour elle pour le moment.

3️⃣ Un manque de rodage des vélos
Nous aurions dû passer plus de temps sur nos nouveaux vélos avant de nous lancer. Nos corps n’étaient pas habitués à rouler dessus jour après jour, et nous avons payé cette erreur avec des douleurs aux genoux et aux fesses. Ne vous lancez pas avec des vélos tout neufs !

26 Octobre 2021 : Le Pouzin à Tournon-sur-Rhône

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Le matin, nos corps protestent au moment de remonter en selle. Les kilomètres accumulés commencent à peser, et chaque coup de pédale rappelle à Cassandre la douleur persistante dans ses genoux. Le vent souffle déjà, froid et piquant, rendant les premiers instants encore plus rudes. Pourtant, une fois sortis de Le Pouzin, le mouvement réveille nos muscles engourdis, et nous retrouvons rapidement le fil de la ViaRhôna.

Dès les premiers kilomètres, le paysage évolue. Nous longeons La Voulte-sur-Rhône, dominée par son château médiéval perché sur une butte. Les ruelles du centre, encore endormies, laissent deviner une vie paisible, rythmée par le fleuve et les marchés locaux. Plus loin, les terres agricoles s’étendent à perte de vue. Des vergers, encore nus, annoncent les prémices du printemps, tandis que les coteaux se dessinent au loin.

Nous avançons à bon rythme jusqu’à Valence, où nous décidons de nous accorder une pause plus confortable qu’un pique-nique. L’entrée dans la ville se fait en douceur grâce aux aménagements cyclables bien pensés. Rapidement, nous rejoignons le centre, attirés par l’animation de la place des Clercs. L’heure du déjeuner approche, et nous avons envie d’une vraie pause après ces matinées intenses sur le vélo.

Nous choisissons un petit restaurant qui propose une cuisine locale et généreuse. Installés en terrasse, nous savourons chaque bouchée comme une récompense. Le serveur, intrigué par notre chargement, nous pose quelques questions sur notre voyage. Nous échangeons avec plaisir, appréciant ce moment où l’effort laisse place à la convivialité. Cassandre profite de l’arrêt pour détendre ses jambes et soulager un peu ses genoux.

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Repartir après un bon repas est toujours un défi. Les premiers coups de pédale sont lourds, et la digestion nous ralentit. Pourtant, une fois sortis de la ville, le corps retrouve peu à peu son rythme. La ViaRhôna nous mène entre plaine et vignobles, traversant quelques hameaux discrets. À Glun, un petit village niché entre le Rhône et les collines, nous faisons une pause pour admirer la vue sur le fleuve, qui semble s’élargir encore à mesure que nous avançons vers le nord.

Le vent se lève en fin d’après-midi, rendant les derniers kilomètres plus difficiles. Chaque rafale nous oblige à redoubler d’efforts, et nous comptons les minutes jusqu’à notre arrivée à Tournon-sur-Rhône. Enfin, nous apercevons le château qui domine la ville, et l’agitation des quais nous redonne de l’énergie. Nous nous installons dans un café, savourant la fin de cette journée marquée par l’effort, mais aussi par les plaisirs simples d’un bon repas et des découvertes sur la route.

4️⃣ Des étapes trop longues
Nous avons voulu avancer vite, sans vraiment mesurer l’impact de la distance cumulée sur notre forme physique et notre plaisir. Le cyclotourisme, ce n’est pas une course ! Des journées plus courtes nous auraient permis de mieux profiter des paysages et d’éviter l’épuisement.

27 Octobre 2021 : de Tournon à Saint-Vallier

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Le matin, nous quittons Tournon-sur-Rhône avec un ciel dégagé, mais le vent est déjà là, bien présent, sifflant à nos oreilles dès les premiers coups de pédale. Nous espérions une accalmie, mais il semble bien décidé à nous accompagner tout au long de la journée. Les premiers kilomètres sont pourtant agréables, la ViaRhôna nous menant au plus près du fleuve, longeant des vignes accrochées aux coteaux et de petits hameaux endormis.

Mais très vite, les choses se compliquent. Le vent forcit, rendant chaque mètre plus éprouvant que le précédent. Il souffle en rafales, nous déstabilise, nous oblige parfois à mettre pied à terre pour ne pas être emportés de côté. La piste, jusqu’ici plutôt bien entretenue, devient plus chaotique. Par endroits, l’asphalte se fendille, laissant place à des portions gravillonnées où nos roues s’embourbent. Cassandre serre les dents, mais il est clair qu’elle souffre. Ses genoux, déjà fragiles, ne supportent pas l’effort supplémentaire imposé par le vent.

Nous avançons difficilement, luttant contre les bourrasques, contre la lassitude qui s’installe. À chaque arrêt, Cassandre grimace en descendant de son vélo. Ses douleurs s’intensifient, et son inquiétude grandit. Ce n’est pas seulement elle qui est en jeu : il y a aussi notre enfant, bien installé au creux de son ventre.

Nous atteignons tant bien que mal Saint-Vallier, épuisés et frustrés. Là, Cassandre finit par l’avouer : elle n’en peut plus. Ses genoux sont trop douloureux, et elle ne se sent plus en sécurité sur cette portion de route. Le vent, l’état du revêtement, la fatigue accumulée… tout s’additionne et pèse sur notre moral.

Nous prenons la décision d’arrêter là. Il faut savoir écouter son corps, savoir reconnaître quand la route devient trop rude. Ce n’est pas un abandon, juste une pause nécessaire. Alors, nous prenons le train pour Lyon, laissant derrière nous cette journée de lutte contre les éléments. Peut-être reprendrons-nous plus tard, ailleurs, sur un tronçon plus clément. Mais pour l’instant, il est temps de souffler, de laisser reposer les jambes, et surtout, de préserver Cassandre et notre enfant.

5️⃣ Sous-estimer l’importance du confort
Entre les douleurs aux articulations et le vent de face, notre moral a parfois été mis à rude épreuve. Un voyage à vélo, ce n’est pas seulement une question de kilomètres, c’est aussi une question de plaisir. Nous avons appris qu’il faut s’adapter et ne pas hésiter à faire des pauses, prendre un jour de repos ou modifier son itinéraire si nécessaire.

Conclusion

Ce premier voyage à vélo n’était pas parfait, et c’est tant mieux. Nous avons commis des erreurs, ressenti la fatigue, affronté le vent et parfois douté. Mais c’est aussi cela qui forge l’expérience. Nous avons appris que chaque kilo compte quand on pédale jour après jour, que le mistral peut être un adversaire redoutable, et que préparer son corps avant de partir évite bien des douleurs. Nous avons compris que le cyclotourisme, ce n’est pas seulement avancer, mais aussi prendre le temps. Prendre le temps d’apprécier chaque paysage, chaque village traversé, chaque rencontre impromptue.

Malgré les difficultés, ce voyage nous a offert des moments précieux : les pique-niques au bord du Rhône, le plaisir de rouler sous un ciel dégagé, l’excitation des départs matinaux et la satisfaction d’une journée accomplie. Nous savons maintenant que pour mieux profiter, il faut parfois ralentir, ajuster, s’adapter. Ce n’était peut-être pas un voyage parfait, mais c’était le nôtre. Et surtout, ce n’était que le premier.


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