Découverte du Fjord du Saguenay: Une Journée Inoubliable

8 Octobre 2019

Ce matin-là, nous nous étions rendus aux Grandes Bergeronnes, à 20 kilomètres au nord de Tadoussac, pour observer les baleines, mais cette fois depuis un bateau. Nous aurions pu le faire à Tadoussac, mais nous voulions nous éloigner des touristes et des gros tour-opérateurs qui monopolisent le secteur. Surtout, nous voulions éviter les grands bateaux polluants transportant trois cents touristes, préférant être au plus près de l’eau sans être bousculés par les amateurs de photos. Avec l’agence que nous avions choisie, le prix était certes plus élevé, mais nous n’étions que onze personnes à bord d’un petit bateau pneumatique (qu’on appelle ici un « zodiac »), et on nous avait fourni un équipement digne d’un marin-pêcheur du grand nord (gros manteau de skipper, pantalon, etc.).

Après quinze minutes de navigation rapide, nous étions arrivés à la croisée des eaux du Saguenay et du Saint-Laurent, où la rencontre des courants favorise la vie animale. Les cétacés y trouvent un festin de krill et de plancton, et nous avions repéré plusieurs groupes. Des rorquals communs naviguaient en petits groupes et émergeaient régulièrement de l’eau. Les capitaines ont l’interdiction de s’approcher à moins de cinquante mètres, mais il est impossible de prévoir où l’animal va sortir. Par chance, certains avaient frôlé notre zodiac, offrant un spectacle impressionnant. Voir l’eau glisser sur leurs peaux noires et luisantes était fascinant. Mais le clou de la matinée fut sans conteste la baleine à bosse, que nous avions repérée grâce à son souffle, un jet d’eau atteignant cinq mètres de haut.

Une queue de baleine sort dans la baie de Tadoussac

Le skipper avait manœuvré habilement pour nous approcher de leur zone de repas. Nous avions vu trois groupes différents, dont un composé d’une mère et de son baleineau. La vision de cet immense animal perçant l’écume à dix mètres de nous, avant de disparaître dans les profondeurs avec un grand coup de queue, resterait à jamais gravée dans nos mémoires. Après deux heures de navigation, nous avions eu la chance de voir un nombre incalculable de rorquals communs, de baleines à bosse et même des phoques se laissant porter par le courant, la tête hors de l’eau.

Nous étions rentrés à la marina des étoiles plein les yeux. Après avoir rendu nos combinaisons, nous avions pris conscience que cette sortie en mer avait creusé nos estomacs. Après un repas simple mais réparateur, nous avions visité plusieurs points de vue. À chaque arrêt, la forêt se jetait dans un fleuve si vaste qu’on l’aurait pris pour l’océan, et la scène était sublime. Sur le traversier du retour, nous étions sortis de la voiture pour admirer l’entrée du fjord du Saguenay, cette immense rivière entourée de falaises.

Vue du fjord de Saguenay
Vue du fjord de Saguenay

Notre logement du soir se trouvait à L’Anse-Saint-Jean, un petit village situé à une heure de route sur la rive sud du fjord. Nous avions roulé lentement pour profiter du paysage et, une fois arrivés à destination, nous étions montés au point de vue de l’anse de la Tabatière, qui nous offrait un panorama saisissant sur le fjord. Nous avions terminé la promenade avec un chocolat chaud dans un charmant café tout en bois, situé au bord du fleuve. La serveuse, très sympathique, nous avait expliqué comment fonctionnaient les taxes et les pourboires au Québec, nous nous endormirions donc un peu moins bêtes.

9 Octobre 2019

Nous avions entrepris de monter à la statue de Notre-Dame-de-Saguenay. Pour la petite anecdote, nous avions emprunté une petite portion des 215 kilomètres du sentier du petit Compostelle, reliant la statue Notre-Dame-de-Lourdes à celle de Notre-Dame-de-Saguenay. Après une heure de marche en montée assez raide, le sentier avait soudainement commencé à descendre de façon abrupte. Nous avions alors réalisé que nous allions revenir au même niveau d’altitude qu’au départ et que nous devrions tout remonter. Heureusement, la vue sur le fjord de la rivière Saguenay en valait la peine, et bien que la statue fût jolie, elle nous intéressait moins que le panorama. Nous ne nous étions pas attardés, sachant qu’un paquet de marches nous attendait au retour.

Vue sur la rivière Saguenay

Comme lors de toutes nos randonnées, nous avions croisé un grand groupe scolaire et nous nous étions demandés si leurs cours d’EPS ressemblaient à cela : se promener dans des paysages splendides au cœur de la nature. Après trois heures de randonnée, nous avions décidé de nous poser sur un ponton pour déjeuner. Enfin, déjeuner… disons plutôt manger du pain avec des champignons crus, tout ce qui nous restait de la veille. Nous y avions rencontré un homme en train de pêcher l’éperlan, avec qui nous avions discuté des paysages, de notre voyage et de la vie au Québec.

Nous avions ensuite repris la route en direction de la baie des Ha! Ha! Ce nom n’avait rien à voir avec une onomatopée, mais provenait probablement d’une altération d’un toponyme algonquin difficilement prononçable en français, signifiant « lieu où l’on échange de l’écorce ». Nous avions entamé un sentier de randonnée où il nous avait fallu jongler entre les pierres glissantes, les racines multiples et la boue. Comme le matin, la montée semblait sans fin, mais les vues sur la baie et les arbres aux teintes automnales étaient spectaculaires. Le tracé ressemblait à celui d’une montagne russe, nous grimpions cinquante mètres pour les redescendre ensuite. Ce qui devait être une balade rapide s’était finalement transformé en une longue randonnée difficile, que nous avions eu du mal à terminer. C’est exténués que nous étions finalement arrivés à la voiture, prêts à rejoindre notre Airbnb du soir.

Une énième vue splendide sur la rivière Saguenay

Mauvaise surprise en arrivant à l’adresse indiquée : notre hôte n’était pas sur place, et nous ne pouvions pas la contacter sans Wi-Fi. Après un détour par le McDonald’s voisin pour capter Internet, elle nous avait prévenus de l’endroit où elle avait caché la clé, en s’excusant platement. Nous y étions retournés et avions profité d’un sous-sol superbement aménagé, avec tout le confort nécessaire. Nous avions même fait notre première lessive du voyage, un luxe devenu hautement urgent.

10 Octobre 2019

Le lendemain, rien de spécial n’était prévu. Nous devions amorcer notre descente vers le sud pour nous rapprocher de Montréal, car nous devions rendre la voiture dans trois jours. Le parc national de la Mauricie était notre prochaine étape, situé à 4h30 au sud-ouest de notre position. Nous avions donc décidé de consacrer la journée à la route, en nous arrêtant quand bon nous semblait. Cela tombait bien, car la Mauricie possède l’une des plus belles routes du Canada : l’impressionnante route 155. Nous avions choisi de l’emprunter.

Longeant la magnifique rivière Saint-Maurice, cette portion de 130 kilomètres offrait aux voyageurs un paysage montagneux spectaculaire, bordé de falaises boisées à couper le souffle. Inaugurée en 1966, la route servait principalement à l’exploitation forestière, comme en témoignaient les nombreux camions remplis d’immenses troncs d’arbres qui nous doublaient à vive allure. Au Québec, les camions, comme les voitures, roulaient vite. Malheureusement, les occasions de s’arrêter étaient rares, et nous n’avions donc pas vraiment eu l’opportunité de capturer ces images autrement que dans nos rétines.

Une vue splendide sur la rivière Sainte-Maurice

Nous étions arrivés chez notre hôte, Steve, aux alentours de 17h. Contrairement à nos précédents Airbnb, qui se trouvaient dans de coquettes maisons, nous avions découvert une maison plutôt rustique et bancale. De grandes poutres soutenaient une partie du toit, qui menaçait de s’effondrer, et l’escalier branlant menant à la porte était en bois usé par le temps. Steve, notre hôte, ressemblait à sa maison : extravagant et désordonné. Il nous avait accueillis en demandant si nous étions les hôtes Airbnb, car la chambre n’était pas nettoyée et les draps pas changés. Cela ne nous dérangeait pas, nous n’étions pas difficiles.

Pendant qu’il préparait notre chambre, nous avions discuté et vite compris qu’il menait une vie précaire et instable. Plus tard dans la soirée, il nous avait expliqué qu’accueillir des gens via Airbnb lui permettait de remplir son frigo, lui qui n’avait pas grand-chose avant. Il semblait pourtant débrouillard : il fabriquait des tasers de toute pièce dans son salon pour une société appartenant à l’un de ses amis. Partout chez lui, nous avions vu du matériel de récupération qu’il avait restauré, notamment une gigantesque télé qui occupait presque tout un mur. Il vivait de petits boulots de bricolage et d’électronique.

Nous avions discuté de politique, notamment de Trump et de Justin Trudeau, leur Premier ministre, qu’il détestait, comme beaucoup de ses concitoyens. Quand nous lui avions demandé pourquoi, il nous avait répondu que Trudeau était un pitre, incapable de trouver ses mots lors de ses discours, et qu’il se déguisait en femme. Soit, nous avions compris que la politique n’était pas son terrain de prédilection. L’heure du dîner approchant, nous avions pris congé pour aller manger dans un restaurant à proximité. À notre retour, nous n’avions pas tardé à aller nous coucher, sachant que nous devions nous lever tôt le lendemain pour visiter le parc national de la Mauricie.


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