Certes quand on a un budget conséquent, on peut se permettre de voyager en prenant des chauffeurs ou des taxis. Mais la principale différence entre les vacances et le voyage, c’est qu’en voyage on rentre dans le quotidien des gens normaux, pas uniquement des travailleurs des métiers de l’hospitalité. La tête presque collée contre une vitre à bord du TransMilenio, c’était la réflexion qui nous venait à l’esprit. C’était loin d’être agréable mais au moins, nous partagions du bogotan moyen. Dans la ville la plus embouteillée du monde, point de transports ferrés mais un dense réseau de bus dont le TransMilenio fait partie. La plupart du temps sur site propre, les bus ont les voies centrales des avenues juste pour eux et ils avancent plus vite que l’automobiliste dans sa petite voiture. Mais loin d’être la panacée, le système a atteint son point de rupture en 2009 avec déjà 1.6 millions de passagers. En 2019, on estime ce total à 2.5 millions par jour. Ce qui explique les stations bondées où il faut parfois patienter trente minutes pour entrer et des bus saturés.
Notre véhicule se désemplit au fil des stations qui nous emmènent vers le nord. Nous y croisons beaucoup de monde ainsi que les habituels vénézuéliens qui viennent demander de quoi survivre. Les colombiens sont très solidaires de la situation de leurs voisins et nous les voyons régulièrement donner quelques sous à ces migrants. En fouillant mes poches, je trouve deux sucettes qu’un restaurateur nous a donné la veille et nous les donnons à deux enfants accompagnés de leur père. Il nous remercie d’un sourire et les enfants sont aux anges. Nous descendons ensuite à Portal Norte, une immense gare routière du nord de Bogota où nous empruntons un autre bus, plus modeste cette fois. Celui-ci nous emmène à la petite ville de Sequille où nous devons prendre la navette qui nous mènerait à la lagune de Guatavita.
Mais c’est aussi le sel des voyages, rien ne se passe comme prévu. Nous sommes en semaine et cette navette ne fonctionne que les week-ends, ce qui nous laisse les bras ballants sur la place du village. Une femme nous remarque et ne met pas très longtemps à comprendre que nous sommes touristes. Elle nous propose un taxi à un prix que l’on sait démesuré pour l’endroit mais nous acceptons car nous n’avons pas vraiment d’autre choix et nous voulons vraiment voir cette lagune.
On dit d’elle qu’elle est creusée dans l’impact d’une météorite et il est vrai que sa forme ressemble à un cratère. Cette théorie n’a jamais été confirmée mais ce qui est sûr, c’est que c’était bien un lieu de pèlerinage et d’offrandes pour la civilisation Muisca qui jetait des objets en or dans l’eau. Quand les colons eurent vent de cette coutume, ils tentèrent par tous les moyens d’assécher le plan d’eau. Ils tentèrent même de creuser une tranchée avec des noix de coco pour créer une saillie. Aucun de tous leurs stratagèmes ne fonctionna et le mystère reste toujours enfoui à des dizaines de mètres de profondeur. Toute cette histoire nous est racontée par notre accompagnatrice car pour promouvoir l’économie locale et s’assurer que les visiteurs restent sur les sentiers, la Colombie fait payer un guide dans presque tous les parcs nationaux. Une technique simple mais efficace de faire rentrer plus d’argent dans les caisses.
Sur la route du retour, alors que nous discutons avec le taxi, il nous apprend que le bus nous a été facturé trop cher à l’aller et il insiste pour attendre avec nous qu’il repasse. Et alors que nous montons, il demande d’une voix forte au chauffeur si le prix est bien celui qu’il pense être juste. Pas dupe, le conducteur du car acquiesce mais sans gaieté de cœur. Nous saluons bien bas le taxi par la vitre du véhicule qui nous ramène déjà en direction de Bogota.

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