15 Mars
Les free-tours sont une manière très agréable d’en apprendre plus sur un endroit, un quartier ou une ville. Il vous suffit de vous enregistrer en ligne et de choisir un thème. Vous tombez souvent sur une personne passionnée d’histoire que vous rémunérez au pourboire à votre guise. Nous faisons souvent ça et ce matin, nous avons rendez-vous sur la place Bolivar pour un tour de l’histoire de Bogota. En patientant pour que notre groupe soit complet, on note la présence de manifestants pour le climat qui ont répondu ici aussi à l’appel de Greta Thunberg, en passe de devenir une icône mondiale. Les protestataires ne sont pas nombreux mais ils font du bruit et notre guide nous éloigne de la place pour regagner quelques décibels.
Elle est étudiante en histoire à l’université de la ville, ne parle pas très fort mais elle en connait un rayon sur les événements importants, depuis l’indépendance colombienne en 1810 jusqu’aux accords de paix avec les FARC. Il serait bien trop long de faire un résumé complet ici mais le contenu de ce cours historique en relief enrichit notre culture et la vision de lieux historiques teintés de sang glace parfois le nôtre. La sinistre prise d’otages du palais de Justice de 1985 et ses cent morts devient bien trop réelle en écoutant le récit sur ces marches qu’a grimpé l’armée avec ses tanks.
La série Narcos, que nous regardons à ce moment, utilise cet événement dans un épisode et notre guide nous avoue que c’est plutôt fidèle à la réalité. Cependant, les colombiens détestent la série pour de multiples raisons : un seul acteur colombien dans le casting, des accents chiliens ou brésiliens et une réécriture de l’histoire malvenue. En bref, il vaut mieux éviter de leur parler de cette production Netflix et d’ailleurs de Pablo Escobar tout court.
Témoignage de la colonisation, le centre de Bogota abrite un musée particulier : celui de l’or. Intimement lié à l’invasion hispanique, le métal jaune fascine toujours autant et ce bâtiment représente le rêve des orfèvres avec ses trente-cinq mille pièces d’or. La visite est intéressante mais après une heure à déambuler dans les allées, toutes les pièces exposées finissent par se ressembler et nous décidons de descendre au sous-sol où se tient une exposition sur l’esclavage.
Et plus précisément sur l’importance de la ville de Nantes dans le trafic d’hommes noirs. Le parcours nous sidére parce qu’il comporte des éléments que l’on ignore totalement au sujet de la ville de Loire-Atlantique, des sujets qu’on évite visiblement d’aborder chez nous. Le pays des Lumières n’éclairait certainement pas tout le monde avec la même intensité. Nous sortons de là étonnés d’avoir appris des éléments de l’histoire de notre propre pays en Colombie mais le savoir se cache souvent où on ne l’attend pas, c’est pourquoi il faut rester curieux.
16 Mars
Fernando Botero est l’un des colombiens les plus connus et si vous ne savez pas qui c’est, vous connaissez au moins ses tableaux. Cet artiste se joue des formes et arrondit constamment les angles, il peint notamment des femmes aux formes voluptueuses mais il serait malhonnête de résumer son œuvre à ça. Toutes ses peintures trahissent son style inimitable inspiré de l’art précolombien où les proportions sont bafouées. Les chevaux sont énormes, Mona Lisa possède des joues imposantes et même Paris se retrouve défiguré. C’est une visite des plus intéressantes, d’autant qu’elle est gratuite car Botero a légué des œuvres à la ville de Bogota à la seule condition qu’elles soient exposées gratuitement.
En plus de Botero et des musées, l’art s’exprime aussi sur les murs en Colombie. Passé d’acte de vandalisme à plaidoyer urbain, le street-art s’est imposé comme un modèle d’expression libre et accessible à tous. Depuis le début des années 2000, Bogota connaît un essor artistique incroyable au point de devenir la mecque sud-américaine pour qui aime ce genre d’expression. Au fil d’un free walking tour, nous suivons Esther qui mène le groupe muni de son k-way rose et de son haut-parleur. Pendant deux heures, elle nous raconte au détour des ruelles les particularités de chaque fresque et l’histoire de son auteur. Par ce biais détourné, nous en apprenons beaucoup sur la réalité socio-culturelle de Bogota et de ses banlieues ainsi que sur l’impact véritable que les graffeurs ont eu.
Elle nous raconte l’histoire déchirante de deux jeunes street-artistes tués par la police alors qu’ils s’enfuyaient d’un lieu où ils peignaient puis des émeutes qui s’en sont suivis jusqu’à un assouplissement des lois anti-graff et à l’interdiction pour les policiers de tirer à vue. Le précédent maire de la ville, Gustavo Petro, était même très favorable à ces artistes et sous son mandat, la ville a commandé plein de fresques pour masquer la misère de certains murs. L’actuel édile reste dans cette optique et le street-art est devenu un passage obligé d’une visite de la capitale colombienne.

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