Turbulences d’avion et arrivée à Bogotá

13 Mars

Si vous avez déjà subi de grosses turbulences en avion, vous savez sûrement l’effet horrible que cela produit sur le corps humain. Mais quand vous vous retrouvez au milieu d’une énorme turbulence, vous comprenez aussi les conséquences sur l’esprit. A peine dix minutes avant notre arrivée à Bogota, un trou d’air gigantesque faisait dévisser notre avion en nous soulevant presque de nos sièges. Les gens hurlaient autour de nous et il était difficile de garder son calme. Seule la présence rassurante des hôtesses de l’air réussissait à ramener un semblant d’ordre et le pilote finissait par réussir à poser l’appareil sur le tarmac de l’aéroport El Dorado de la capitale colombienne.

Elu meilleur aéroport d’Amérique du Sud, comme l’indiquait fièrement les affiches qui recouvraient les murs, il était spacieux et très haut de plafond. A notre heure tardive, les couloirs étaient plutôt déserts et nos bagages arrivaient vite à nous. Nous n’étions pas forcément fan d’Uber mais tous les locaux conseillaient d’éviter les taxis alors nous réservions une course via l’application et, après quelques difficultés à trouver notre carrosse, nous rencontrions Miguel, un homme d’une cinquantaine d’années, qui conduisait une Renault 19 blanche. Après un semblant de discussion par-dessus le bruit étouffant du moteur vieillissant et avec notre espagnol hésitant, la fin de l’itinéraire se faisait dans le silence.

Tout était calme aussi autour des Torres del Parque, notre lieu de résidence pour la semaine. Minuit venait de sonner et l’air était moite et touffu surtout pour des gens qui transportaient de grosses valises. Et à la fatigue venait s’ajouter l’agacement car on se rendait compte trop tard que les informations de la réservation Airbnb ne comportaient pas assez d’indications. Nous pensions arriver sur un seul immeuble avec un gardien mais nous nous trouvions face à trois tours gigantesques. La gardienne de la première tour nous faisait un peu la morale, à juste titre, de manière passive-agressive en nous demandant pourquoi nous n’avions pas de numéro de téléphone pour contacter notre hôte. Notre erreur avait été de faire confiance à l’application Airbnb aveuglément, ce qui nous mettait dans l’embarras car nous n’avions qu’un prénom et un numéro suédois.

Nous n’avions pas plus de chance à la deuxième tour mais le gardien faisait naître une lueur d’espoir en appelant le concierge de la troisième tour qui connaissait peut-être quelqu’un qui répondrait au nom d’Edda. Après nous avoir cuisinés un peu, il jugeait que nous avions l’air honnête et il téléphonait à la personne en question qui confirmait. Après avoir poussé un ouf de soulagement, nous grimpions dans l’ascenseur et nous rencontrions une dame dans la soixantaine. A la lecture de la description, nous pensions que c’était une jeune fille mais nous avions été bernés par le langage juvénile et la mention de Netflix. Après des excuses de sa part et un rapide tour du propriétaire, nous rangions nos affaires dans la chambre spacieuse et on tombait de sommeil. C’était beaucoup d’aventures pour un seul soir.

14 Mars

Parfois un petit pas peut être symbolique. Par exemple, le pas que l’on faisait en sortant des grandes tours de briques rouge était notre tout premier de jour en Amérique du Sud, le premier moment où l’on pouvait vraiment voir clairement la capitale d’un pays de ce continent. Bogotà, ville si lointaine et si méconnue, abreuvée par les clichés constants répétés par la culture populaire de nos pays. En marchant dans ses rues, on se rendait compte qu’il était trop simple de la relier au tristement célèbre trafic de drogue. La ville était pleine de gens qui allaient vers leur propre histoire, des personnes lambdas menant des existences banales, avec des familles et des projets, en rien différents de nous.

Attablés face à un mur du plus vieux restaurant de Bogotá, la Puerta Falsa, pour y manger des plats inconnus à nos mémoires, nous écoutions fascinés par le flot des conversations autour de nous en essayant de comprendre le plus d’espagnol possible. C’était plus facile pour Cassandre qui possédait un niveau avancé alors que j’avais plus de difficultés. J’étais quand même heureux de constater que je captais des bribes et que l’accent n’était pas trop prononcé. Le temps était clément et nous en profitions pour nous promener dans le centre historique entre la place Bolivar et la Candelaria, un petit quartier pittoresque et authentique.

Sur la grande place, il était difficile de manquer la splendide Cathédrale de l’Immaculée-Conception, l’un des plus grands édifices religieux d’Amérique du Sud. Nous remarquions beaucoup d’allées et venues à l’intérieur à l’instar des hauts lieux touristiques. Nous entrions dedans et admirions les sculptures et les vitraux. Tous les sièges étaient pris et nous pensions arriver au début d’une messe. En allant plus avant, quelque chose semblait définitivement étrange : des caméras de télévision filmaient depuis les côtés et les gens étaient vêtus de noir. Plus nous avancions près de l’autel et plus les visages étaient éplorés et c’était en remarquant un cercueil couvert du drapeau tricolore colombien que nous réalisions qu’il y avait là un enterrement ! Tous ces honneurs étaient réservés à Gloria Zéa, grande dame influente dans le milieu de la culture et de l’accès à celle-ci pour les pauvres. Par respect pour les familles, nous sortions donc du lieu saint pour les laisser en paix.

Nous aimions aller lentement en visitant, ne pas essayer de tout voir en un temps record. Nous préférions prendre le temps d’assimiler les monuments, les vues et les histoires. Bogotá se trouvait soutenu sur un côté par une chaîne de montagnes de bonne taille, ce qui donnait un cachet inestimable au panorama. Nous passions un certain temps assis à contempler le paysage colombien, nouvelle addition à notre collection de souvenirs, et après une intense journée de marche, nous rentrions retrouver notre hôte Airbnb pour une discussion enrichissante.


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