L’aéroport international de la Nouvelle-Orléans a changé plusieurs fois de noms. De Moisant Field à New Orleans International Airport, il est devenu en 2001 l’aéroport Louis-Armstrong à l’occasion des cent ans de la naissance du virtuose. Les horloges affichaient presque minuit quand notre avion de la compagnie Spirit posait son train d’atterrissage sur le tarmac.
Nous avions passé le court voyage à côté d’une jeune fille très excitée à l’idée de retrouver son amoureux et nous les regardions s’enlacer avec tendresse pendant que nous sortions du terminal pour attraper un taxi. Le jeune homme dans la berline noire nous demanda notre adresse et il exprima sa surprise à l’annonce de la destination : Jefferson.
Située en banlieue de la Nouvelle-Orléans, Jefferson n’attirait pas les touristes, plus habitués aux hôtels mieux placés en ville. Nous lui expliquions que nous essayions de nous mêler le moins possible aux lieux prisés pour rencontrer des gens du quotidien. En visitant des endroits en tant que vacanciers, on oubliait rapidement qu’on ne croisait presque que d’autres touristes ou des travailleurs payés à être sympathiques avec nous.
Nous évitions systématiquement les endroits à la mode pour pouvoir nous mêler à la masse des gens qui nous ressemblaient. Et le lendemain matin, en prenant le bus direction la ville, nous étions assis aux côtés d’écoliers, de travailleurs, de retraités, tous surpris de nous voir là. Une mamie nous conseilla même de faire attention à nous car nous étions les seuls blancs. Un monsieur d’une cinquantaine d’années, plus taquin, nous demanda si nous n’étions pas effrayés d’être entourés de noirs et il fut sincèrement surpris d’apprendre que Paris comportait au moins autant de diversité que les grandes villes américaines.
En descendant du bus, nous étions frappés de la hauteur banale des immeubles, plus proche de quartiers résidentiels que de l’image qu’on se faisait d’une grande ville américaine. Ici, pas de gratte-ciels et peu de démesure mais des rues ordonnées, remplies de maisons d’époque. Nous franchissions la porte du musée d’histoire de la Nouvelle Orléans où nous decouvrions véritablement l’influence française sur toute la Louisiane. Avec beaucoup de minutie, l’endroit s’évertuait à décrire le destin complexe de ce territoire aux multiples facettes.

Pour les mélomanes avertis que nous étions, New Orleans avait tout de la ville de rêve. Les monuments hommages aux figures du jazz et du rythm and blues affleuraient à tous les coins de rue. La statue de Fats Domino faisait figure de passage obligé, pour lever son chapeau à la reconnaissance du talent fou de cet artiste. Le moindre musicien de rue jouait des notes d’une beauté absolue et les maisons colorées qui bordaient les rues semblaient se nourrir de cet ensemble. Malgré le temps gris, la découverte nous épatait. Cette ville nous faisait l’effet d’une ville peu touristique mais follement authentique, dans son jus. Elle ne lissait pas sa culture, ne se laissait pas aller au culte du beau absolu pour exister.

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