Découverte Culinaire et Culturelle d’Osaka

A sept heures du matin, le bus nous déposait à Osaka. Nous avions raisonnablement bien dormi et on prenait la route de l’hôtel sans être trop fatigués. Une trentaine de minutes de métro puis une dizaine de minutes de marche et nous étions arrivés au Very Hostel, un petit édifice où encore une fois on nous surprenait en nous annonçant que notre chambre était déjà prête. Elle était petite mais bien agencée avec l’habituel matelas posé directement au sol. Après un rapide café dans une chaîne prisée des japonais, on se dirigeait d’un pas tranquille vers le Ichiba Market, haut-lieu culinaire d’Osaka. En flânant entre les étalages, on s’imprégnait vraiment de la culture gastronomique japonaise. Des poulpes frits côtoyaient des homards géants, des brochettes en tout genre, des beignets. Tous les étalages étaient organisés avec soin et les vendeurs redoublaient de sympathie envers les étrangers que nous étions. On rentrait dans certaines boutiques pour s’apercevoir que certains fruits étaient empaquetés comme des produits de luxe. Les pastèques, les raisins et les pêches étaient dans de somptueux écrins de velours, si beaux qu’on osait à peine y toucher. Les prix tournaient autour des trente euros pour ces fruits pourtant si répandus chez nous.

Avant de visiter le Japon, nous avions fait d’exhaustives recherches sur ce qui pourrait nous y plaire le plus et sur les moyens de s’y déplacer. Le pays du Soleil-Levant possédait un réseau ferré maillant toute la surface de ses différentes îles et l’offre pouvait parfois être tellement diversifiée qu’il était difficile de choisir les lignes. En tant que touristes, nous avions l’option de prendre un Japan Rail Pass qui nous aurait donné accès au réseau de la compagnie nationale et de ses fameux Shinkansen.

Cependant, nous y voyions deux défauts majeurs : le prix et la vitesse. Il nous aurait d’abord fallu débourser plus de cinq cent euros par personne, un prix exorbitant complètement hors de notre budget. Et puis la vitesse ne nous intéressait plus. On comprenait qu’un américain qui n’a jamais pris le TGV trouve dans cette expérience le frisson de la nouveauté mais en tant qu’européens, cela nous laissait froid. Pire encore, depuis que nous avions découverts le plaisir de la lenteur, les longues heures de route avant d’arriver à un objectif, les voyages interminables jusqu’à une destination, nous avions finalement compris que le trajet était parfois plus enrichissant que l’arrivée.

C’était pour cette raison que nous nous retrouvions dans des trains de banlieue, lents par moment mais où nous avions tout le loisir d’observer le paysage défiler par la fenêtre. Des petites collines ou de grandes montagnes accompagnaient presque toujours les longues plaines vertes qui composaient la majeure partie du pays. Nos locomotives traversaient des villages pittoresques  où la vision de vieillards sur des vélos nous faisait sourire, nous n’en perdions pas une miette. Dans les wagons, on découvrait un tissu social très diversifié et nous jouions à inventer des vies aux gens.

       – A ton avis, il fait quoi lui ? je demandais.

       – Hum, il a l’air épuisé, il est sûrement cadre overbooké, me répondait Cass.

Le nombre de japonais qui dormaient profondément dans les transports ne cessait de nous étonner. Dans chaque wagon de tous les trains que nous avions empruntés, au moins trois personnes étaient assoupis de manière incongrue, la bouche grande ouverte et dans des positions improbables. On sentait qu’au-delà du cliché, les travailleurs se tuaient vraiment à la tâche. Les salaires ne montaient pas bien haut au Japon mais la vie se facturait cher. Nous avions, comme à chaque fois, préparé minutieusement un budget cohérent et dans nos cordes. Car si nous adorions voyager, nous aimions aussi que nos aventures durent le plus longtemps possible, quitte à vivre simplement et à sauter des repas. Après des recherches exhaustives, nous nous fixions un budget quotidien et nous nous y tenions coûte que coûte en notant toutes nos dépenses dans une petite application bien pratique.  En travaillant en Australie, le coût d’une journée de voyage était même devenu une source de motivation. Quand nous étions payés 25 dollars de l’heure, on se disait « allez, ça c’est une journée de voyage en Colombie ou aux Philippines. » Nous inventions notre propre indice fictif pour continuer à voyager encore et encore.


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