Immersion à Vegas: Red Rock Canyon, Casinos et Réalités Contrastées

Dès dix heures du matin, on était lancés dans la découverte du Red Rock Canyon, un ensemble de montagnes à la lisière de Vegas. La roche hésitait entre le rouge et le jaune, selon les endroits. La végétation était typique des déserts avec des ensembles de buissons touffus. On empruntait le sentier de randonnée le plus réputé pour grimper jusqu’à un sommet avec une vue plongeante sur la ville. On alternait entre de l’escalade sur la roche, des passages dans des reliefs étroits et des grandes longueurs ensablées. Avant l’arrivée au but, un petit lac d’eau douce était complètement gelé.

Les températures étaient anormalement basses pour la région et la période et il avait même neigé la veille, fait assez rare pour que les informations locales en parlent dans leurs journaux. On comprenait qu’on avait terminé la marche quand on voyait des dizaines de gens assis, profitant de la vue. On décidait de faire de même et d’en profiter pour manger aussi. On sortait du sac à dos notre sandwich acheté chez Walmart. Il était censé être pour une personne mais comme il faisait l’équivalent de la longueur de mon coude au bout de mes doigts, on le coupait en deux pour se le partager et c’était amplement suffisant.

Alors qu’on savourait notre repas, on apercevait un mouvement à notre droite et on se rendait vite compte qu’un jeune homme était en train de faire sa demande en mariage à sa copine. Il se mettait à genoux, commençait à parler et toute l’assemblée, dans le plus pur style américain, lâchait un grand « oooooh » d’excitation. Pas gênés pour un sou, les deux futurs mariés continuaient et se faisaient même applaudir par la dite assemblée plus nous, pris au jeu. Après un brin de discussion avec nos voisins du Maine qui avaient reconnu nos accents et qui étaient venus nous raconter leur amour pour la France, on faisait machine arrière et on retournait à la voiture.

On trainait dans le parc quelques heures à arpenter les différents sentiers avant de retourner en ville. Notre chambre pour la nuit se situait dans un autre quartier de la ville, plus coquet. Nos hôtes étaient très sympathiques. On se demandait comment on allait rejoindre le Strip, cette grande avenue où sont tous les grands casinos, quand le monsieur nous proposait sa carte de parking pour se garer gratuitement dans l’un des grands établissements. On le remerciait chaleureusement et on filait vers cet endroit vu dans des centaines de films.

Les lumières de la ville inondaient Vegas d’une lueur irréelle. Comme hors du temps, au milieu du désert, Sin City prenait des milliers de visiteurs sous son aile le temps d’un week-end ou d’une semaine. L’avenue était gigantesque et les lumières éclairaient la route comme si c’était le jour. On sentait instantanément qu’on posait les pieds dans un monde à part, un monde de faux-semblant, de paillettes et d’inégalités. On démarrait par un restaurant italien avant de s’engouffrer dans l’antre des casinos et de réaliser le gigantisme de ceux-ci. C’était quelque chose qu’on ne pouvait pas saisir tant qu’on ne l’avait pas vécu de l’intérieur. Chaque pièce de chaque hôtel était exceptionnellement grande avec des hauteurs sous plafond incroyables. Dans des décors luxueux, des milliers de joueurs s’acharnaient sur des centaines de machines et de tables.

On observait, fascinés, la valse des jetons et des billets. Novices dans le monde du jeu, on s’attardait autour des tables de poker ou de black-jack pour essayer de comprendre ce qui pouvait bien intéresser les gens. A une table, un monsieur s’essayait au black jack en lançant un jeton à chaque tour de cartes, jeton de 500 dollars qui correspondait à notre budget pour cinq jours de voyage. Le chiffre inscrit sur le jeton nous donnait un léger vertige surtout que nous avions donné quelques pièces de monnaie à un sans-abri croisé de l’autre côté de la rue. L’Amérique était peut-être résumée là-dedans : une extrême pauvreté et une richesse inconsciente. Après avoir réfléchi en rigolant à comment on pourrait voler des jetons, on sortait pour faire la tournée de tous les casinos prestigieux.

On visitait les différents lieux, tous décorés de manières différentes, souvent aux couleurs d’un pays ou à l’idée extrêmement clichée que les américains s’en faisaient. Pour la France, on pouvait voir la tour Eiffel et le Moulin Rouge ainsi qu’un habillage de bouche de métro. Cette ville était si différente du reste du pays. Ici, les gens buvaient à même la bouteille en déambulant sur les trottoirs alors que le seul fait d’être en état d’ivresse pouvait vous mener en prison dans n’importe quel autre endroit de la nation. L’aéroport McCarran vomissait chaque jour des touristes venus de l’Amérique entière et du monde entier dans le but de passer la nuit de son année ou même de sa vie.

« Ce qui se passe à Vegas reste à Vegas » disait le fameux dicton et on réalisait que les américains le prenaient très au sérieux. L’excès n’était pas problématique et il était peut-être même encouragé. En effet, les joueurs recevaient des boissons à volonté avec pour seul paiement le pourboire à la serveuse. Serveuse, parce qu’évidemment l’environnement était très sexiste où les hôtesses étaient en petite tenue et dansaient sur les tables et amenaient le liquide en se déhanchant nonchalamment. Une fois passé l’émerveillement enfantin du côté magique de l’endroit brillant de mille feux, on commençait à vite prendre du recul et à réaliser la triste vérité : Vegas était une ville en carton-pâte sans réelle âme où pour s’amuser, on jetait son argent par les fenêtres dans l’improbable espoir de repartir plus riche qu’avant.


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