L’étape suivante nous menait à Ceres, un petit bled pour la taille du pays où vous ne vous arrêtiez que pour des raisons bien précises. Personne ne venait flâner ici et il se trouvait que le seul Airbnb bien noté et abordable entre San Francisco et la Death Valley se cachait dans ces petites rues. Nous avions bien prévenu notre hôte Cynthia de l’heure de notre arrivée et tout était prêt quand nous garions la voiture devant l’entrée terrassée en brique rouge. A peine notre moteur coupé, la porte blanche à carreaux s’ouvrait et elle nous souhaitait la bienvenue.
On se sentait tout de suite chez soi dans cette grande maison un peu vide d’animation. Après la douche, on partageait notre repas avec Cynthia et on partageait des expériences de vie car elle était fascinée par l’Australie. Comme beaucoup d’américains, elle ne possédait pas de passeport et n’était pas vraiment sorti de cet immense pays si vaste et si dense. Nos aventures océaniques la rendait très curieuse mais tout autant que nous quand on apprenait que son fils habitait dans le Vermont sur la côte Est et qu’il programmait des jeux vidéo. Cette discussion se prolongeait jusqu’au petit déjeuner du lendemain matin et c’était avec regret qu’on reprenait la route mais la Death Valley nous attendait de pied ferme.
Le paysage y était lunaire, la roche brûlée donnait une atmosphère hors du temps à l’endroit. Si personne n’était dans votre champ de vision, marqueur de notre époque, vous auriez pu imaginer être cinq cent ans en arrière et voir une diligence passer poursuivie par une horde d’indiens à cheval. Nous n’étions que mi-février mais le soleil frappait suffisamment nos crânes pour que l’on se promène en t-shirt et nous n’osions même pas imaginer la dureté des étés. La géographie des lieux était complexe, on passait d’un bassin parfaitement plat à une succession de collines à vagues, de roches d’un blanc éclatant à des pierres jaune foncé.





L’un des points d’attraction principaux vous emmenait sur un immense plateau aride, dont l’œil avait du mal à appréhender la longueur, qui avait la particularité d’être à 85,5 mètres sous le niveau de la mer. Un écriteau planté dans la falaise, visiblement à 85,5 mètres de haut si les employés avaient bien fait leur travail, nous permettait de réaliser concrètement ce que ce chiffre représentait. On se sentait petits devant une telle immensité, sous nos pieds et au-dessus de nos têtes où le soleil déclinait lentement mais avec détermination.
On traversait la frontière entre la Californie et le Nevada à la nuit tombée et le panneau qui signifiait le franchissement était dans la pénombre quand on passait. Le changement d’état était rapidement assez clair à en juger par la profusion le long de la route de casinos et de panneaux publicitaires vantant les mérites des jeux d’argent. Nous étions un peu fébriles parce que nous avions fait une erreur d’un jour dans la réservation d’une chambre pour la nuit. On contactait des gens via Airbnb pour savoir s’ils pouvaient nous héberger pour la soirée mais rien ne nous assurait que quelqu’un nous répondrait.





Nous redoutions de devoir passer une nouvelle nuit dans la voiture, à cause de la mésaventure de la nuit à Monterey et du froid qui s’installait dans la vallée de Vegas, située au beau milieu du désert. Par chance, Jimmy nous contactait pour nous annoncer qu’il était ravi de nous dépanner et que nous pouvions arriver quand on voulait. Soulagés, on allait faire quelques emplettes dans un grand magasin bio puis, après quelques minutes de voiture, on frappait à sa porte. Il était grand et imposant, souriant comme tous les américains qu’on avait croisés jusqu’alors. Il nous montrait notre chambre, la Batman, décorée à l’effigie du super-héros de Gotham City.
Alors que nous mangions, il s’avançait vers nous un peu timide et il nous surprenait avec une requête des plus étranges. « Je ne sais pas si c’est culturel et si vous faites tous ça, mais pourriez-vous ne pas vous promener nus dans la maison ? » Devant nos yeux écarquillés, il comprenait que ce n’était pas spécialement dans les coutumes françaises. Il nous expliquait ensuite qu’il avait eu un couple de français quelques semaines auparavant et qu’ils sortaient de la douche dans le plus simple appareil pour rejoindre leur chambre. On partageait une bonne tranche de rire et il se sentait un peu idiot parce qu’il avait refusé toutes les demandes de français depuis cet évènement et s’il avait accepté la nôtre, c’était à cause de l’urgence dans laquelle on se trouvait. On lui promettait de ne pas marcher nus dans la maison et on allait se coucher parés pour la randonnée du lendemain.

Laisser un commentaire