Exploration de San Francisco et Alcatraz: Entre sites emblématiques et observation de la vie urbaine

Notre première nuit dans la San Francisco Bay se déroulait à Mountain View, non loin de Palo Alto. Cette partie de la baie abritait les locaux de toutes les grandes firmes technologiques internationales. On s’attendait à ce que tout le monde dans cette zone soit employé par un des grands groupes mais à notre grande surprise, notre hôte Airbnb était tout simplement professeure dans une école juive.

Elle vivait dans un appartement assez grand qu’elle louait 4000 dollars par mois, un montant exorbitant même selon les standards parisiens. Il était situé dans une jolie résidence avec piscine et salle de gym. Nous étions un peu trop fatigués pour aller courir et on se décidait d’aller goûter le fast-food Five Guys, réputé comme un des meilleurs des USA. Le menu n’était pas gigantesque comme au McDonald’s, nous devions choisir un modèle d’hamburger puis tout ce que nous voulions mettre dedans. Ainsi, tous les sandwichs étaient faits à la commande.

Ils étaient effectivement très bons et on se régalait. Le restaurant possédait une machine tactile à soda avec plus de trois cent choix. Vous pouviez y choisir littéralement n’importe quelle saveur existante. Une dame d’origine mexicaine s’installait à la table derrière la nôtre avec ses trois jeunes enfants, tous en route pour l’obésité. On comprenait assez vite qu’ils avaient leurs habitudes dans le restaurant quand le plus jeune des gamins, six ans à la louche, se dirigeait vers la machine, tapotait rapidement dessus et en sortait son breuvage préféré.

Le lendemain matin, on s’offrait un petit tour des locaux de la GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) en s’attendant à voir des édifices énormes. Quelle ne fut pas notre déception en découvrant des bâtiments vraiment lambda à chaque fois. Les seuls signes distinctifs étaient des panneaux discrets indiquant que vous rentriez dans une zone appartenant à l’entreprise.

Le seul détail impressionnant était l’étendue des lieux. Chaque firme avait une dizaine de gigantesques blocs bien ordonnés. On faisait le tour de chacune d’elles en voiture, cherchant à dénicher une once d’originalité quelque part mais c’était peine perdue. Les marques les plus mirobolantes avaient choisies la discrétion et la sobriété, ce qu’on ne pouvait guère leur reprocher.

On reprenait la route pour San Francisco pour y arriver autour de 11h du matin à cause du trafic très dense. On commençait par un café à Alamo Square. Il faisait beau mais vraiment froid, tellement froid que je retournais à la voiture pour changer de pantalon au milieu du trottoir. Je préférais le ridicule à une journée entière à sentir la fraicheur me transpercer les os.

Depuis la colline, on avait une vue agréable sur la ville et on se sentait bêtement comme dans un film. On partait à pied pour s’enfoncer dans la ville un peu au hasard. On était tout de suite frappés par deux choses : l’architecture très européenne et le nombre de sans-abri.

Certains bâtiments étaient sublimes et les habitations arboraient des couleurs attrayantes, ce qui rendaient les rues très accueillantes. Quant aux sans-abri, ils étaient vraiment partout et on passait d’un quartier visiblement très huppé à une rue remplie de SDF.

Paris n’était pourtant pas en reste à ce niveau mais l’ambiance dégagée nous choquait vraiment sans qu’on arrive trop à savoir ce qui différait de notre capitale. On assistait même à une scène sortie d’un film quand deux jeunes gens s’échangeaient argent et drogue au beau milieu d’une rue passante, l’air le plus détendu du monde.

On se promenait le long du port et on grignotait dans le marché couvert de la gare maritime, visiblement très prisée. On remontait ensuite vers Lombard Street, la fameuse rue en zigzags bordée de parterres de fleurs que l’on apercevait dans de nombreux films et jeux vidéo. On arrivait à la mauvaise heure de la journée car l’endroit était plein de touristes et les policiers chargés de la circulation ne faisaient pas honneur à la sympathie américaine.

A l’angle de deux rues, on s’installait pour observer une mécanique bien huilée et potentiellement unique au monde. Au bout de la voie du tramway, les chauffeurs devaient descendre de leurs postes de conduite pour rerouter eux-mêmes les rails. Ils saisissaient une grande barre métallique qu’ils poussaient avec force pour faire tourner une plate-forme circulaire sur laquelle reposaient des rails qui venaient s’enclencher dans les traverses déjà existantes.

Nous étions intéressés car ce mécanisme était évidemment daté, il avait dû être révolutionnaire à la création du tramway, mais il gardait sa place et son utilité. C’était un bon résumé de ce qu’on ressentait de San Francisco : une ville moderne mais qui n’hésitait pas à s’appuyer sur son histoire pour exister.

On passait deux jours à flâner dans les rues de la ville du Summer of Love, à arpenter les rues et à tester les restaurants connus adaptés à notre budget. On grimpait sur la colline de Twin Peaks pour admirer la vue qui embrassait toute la ville.

D’en haut, on voyait vraiment l’étendue de la cité, elle partait dans tous les sens, dans toutes les directions. Typique des villes américaines, les rues quadrillaient le paysage de manière géométrique. On faisait le passage obligé autour du Golden Gate, emblème de l’Amérique. Sa forme élancée donnait à la baie une couleur particulière et traduisait le génie de l’ingénieure humaine.

Alcatraz était une expérience encore différente et quand on y pensait, il était vraiment étrange de visiter un endroit où tant de gens avaient soufferts. C’était là aussi la puissance du soft power américain, dans cette facilité à nous vendre inconsciemment des expériences touristiques que nous n’envisagerions pas forcément dans notre pays. Ce pénitencier se situait sur un îlot et le ferry vous y emmenait en une trentaine de minutes. Un employé vous cueillait à la sortie pour vous donner les mesures de sécurité et vous fournir le guide audio.

On arpentait les allées à pas lent, observant les minuscules cellules, la cour de promenade et les bureaux des gardiens. L’attraction principale se trouvait bien sur autour de la chambre de Frank Robbins, immortalisé par Clint Eastwood dans le classique « L’évadé d’Alcatraz ».

Pas différente des autres pour un sou, elle avait été reconstituée dans son état d’antan et on pouvait se représenter sa vie dans ce réduit. Le trou derrière les toilettes était bien visible, peut-être pour chatouiller la susceptibilité des autorités.

Après cette visite culturellement intrigante, on assistait à une scène réjouissante qu’il fallait replacer dans un contexte. En Australie et en Nouvelle-Zélande, nous avions trouvé les parents vraiment laxistes et il était impossible d’aller à un endroit sans entendre un enfant faire un caprice. Les parents grondaient mollement les enfants à coups de « ça suffit » tout doux.

Alors quand devant nous à la boulangerie du port, un papa français s’énervait calmement mais fermement sur ses enfants, on ne pouvait qu’être fiers d’être français. Nous commencions à avoir le recul nécessaire sur notre pays pour en apprécier les bons et les mauvais côtés et l’éducation à la française nous manquait parfois tant les petits australiens étaient pourris gâtés.


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