Aventure en voiture de Monterrey à Santa Cruz : nature, papillons et fête foraine

Une personne visiblement sans-abri s’approchait de nous alors que l’on hésitait sur le matériel à prendre. Il avait tout de suite repéré que nous étions étranger et il commençait à nous donner des conseils sur la qualité des produits.

« En ce moment, avec ce froid, il vaut mieux utiliser celui-là, il est quand même plus adapté », nous proposait-il en nous montrant un sac de couchage énorme.

On le remerciait bien chaudement et on partait avec notre duvet sous le bras. On s’installait ensuite dans un petit restaurant mexicain où la serveuse prodiguait autant d’amabilité qu’une poignée de porte froide.

Quand à la fin du repas, elle jetait l’addition sur la table d’un air mou, on sentait monter la tentation de ne pas laisser de pourboire mais on se pliait à la coutume et on laissait les 15% de l’indignation. On repérait une colline dans une petite forêt et on décidait que ce serait un bon spot. Tout en haut, un camping siégeait pour les voyageurs de passage. On se garait dans un coin et on tombait de sommeil.

Je me réveillais à six heures du matin, suffoquant. Je respirais très rapidement et je trouvais l’air difficilement. Je comprenais aussitôt que l’isolation de la voiture était trop performante et que l’air dans l’habitacle ne se recyclait pas assez vite. Je secouais doucement Cassandre et on ouvrait les fenêtres pour aérer. Elle était dans le même état que moi, le souffle court et la bouche pâteuse. Nous étions peut-être passés tout près d’une catastrophe. On descendait de la colline et sur la route, on tombait nez à nez avec une petite famille de daims. Le spectacle était magique dans cette forêt embrumée avec la lumière du soleil levant qui perçait entre les arbres.

On arrêtait la voiture et on admirait ce spectacle pourtant anodin de la nature vivante. Pour rester dans cet élan animalier, on faisait un arrêt au sanctuaire de papillons de Monterrey. On marchait le long d’une petite rue goudronnée et sans crier gare, des dizaines de papillons commençaient à voleter autour de nous. Ils étaient brillants et colorés, chacun avec des spécificités qu’on ne pouvait réellement apprécier que quand ils se posaient, ce qu’ils ne faisaient pas souvent.

On rejoignait la côte qu’on longeait en voiture en s’arrêtant dans les points d’intérêt. Le centre de Monterey s’animait beaucoup autour de midi et la promenade du bord de plage était envahie de badauds. On prenait une photo du buste de John Steinbeck, l’immense auteur des Raisins de la Colère et de Des Souris et des Hommes, qui résida un temps dans la petite ville côtière. On avançait encore dans notre itinéraire en remontant jusqu’à Santa Cruz à quelques dizaines de kilomètres au nord. Nous avions prévu de nous promener le long de la très belle plage mais une surprise de taille nous attendait.

Une gigantesque fête foraine y était installée. On se fondait dans la foule pour profiter aussi de cette sublime journée ensoleillée et pour observer les comportements américains. Le premier élément qui nous frappait était leur manière de consommer. Absolument tout le monde avait les mains prises, que ce soit par des confiseries, des jouets, des boissons et tous les manèges étaient pleins à craquer avec des files d’attente de très forte taille.

Ce qui nous frappait en second se tenait dans l’atmosphère de l’endroit. Tout le monde semblait serein, détendu, venus pour passer un bon moment. Il n’y avait pas de grands groupes de jeunes comme dans certains pays d’Europe et comme ça aurait été le cas en France. L’ambiance était résolument familiale et l’alcool était évidemment interdit. On croisait des policiers en patrouille qui profitaient de la journée en gardant un œil attentif sur la foule.

On remontait le lieu dans les deux sens sans rien dépenser comme les bons français que nous étions. Nous ne nous sentions pas obligés de consommer pour passer un bon moment. Nous avions le soleil, la plage, une température assez agréable pour que des gens soient allongés sur leurs serviettes en maillot. Que demander de plus ? Nous serions volontiers restés mais l’horloge tournait et il fallait nous rapprocher de San Francisco.