On démarrait la journée du lendemain par un brunch à Morro Bay. Enfin, nous étions partis pour boire un simple café mais nous avions été pris au piège. On pensait pouvoir s’installer et prendre juste un moccha mais à peine installés, le serveur nous versait du café noir dans des gobelets et nous proposait la carte des brunchs. On se regardait et puis on disait banco. Ça nous tiendrait jusqu’à 16h, pensait-on. Quand les plats arrivaient, on comprenait tout de suite qu’on n’aurait pas à manger avant le soir. Nous avions deux portions énormes d’œufs brouillés, de bacon et de pancakes.
L’ensemble était délicieux et on sortait repus. On allait éliminer tout ça en randonnant dans les sentiers avoisinants. Le paysage rappelait ceux de Breaking Bad dans les épisodes où Walter White s’isolait avec Jesse dans le désert pour cuisiner. On grimpait sous la surveillance des aigles qui volaient en rond au-dessus de nous. On montait jusqu’au sommet du Cerro Cabrillo pour avoir une vue d’ensemble sur la vallée. On faisait une petite pause avant de redescendre. On y allait très doucement car la roche était vraiment glissante. Malgré toutes nos précautions, Cassandre tombait et se frappait violemment le bras contre une roche. Plus de peur que de mal mais une belle bosse et des éraflures en pagaille. On accélérait notre descente pour soigner ce bobo à la voiture.


La randonnée suivante s’annonçait moins difficile. On marchait le long du Bluff Trail dans le Montaña de Oro Park. Le sentier suivait la côte à flanc de falaise et les points de vue étaient vraiment stupéfiants. On avait même la chance de voir une flopée de petits écureuils sortir de leurs terriers. Quelques aigles survolaient les alentours à l’affût de proies faciles à grignoter. Le vent rendait l’ensemble agréable car il rafraîchissait l’après-midi.
On se rendait ensuite à notre hôtel et après une séance de sport, on allait dîner dans un pub. Il était typiquement américain, enfin l’idée qu’on s’en faisait si tant est qu’il existait quelque chose de typiquement américain. Quelques personnes attablés au bar se parlaient sans se connaître comme on avait pu l’observer dans tant d’endroits du monde anglo-saxon. L’intérieur était soigné avec une petite ambiance de chalet montagnard. On y mangeait un excellent burger avec un service impeccable et on se tordait encore le crâne à savoir quel montant de pourboire il était acceptable de laisser.
https://strava-embeds.com/embed.jsAu matin de ce 16 février, on partait pour la mythique Highway 1 qui reliait Los Angeles à San Francisco. Elle n’était plus la route principale pour faire ce trajet mais elle restait très touristique grace à son paysage à couper le souffle sur certaines portions. On faisait un premier arrêt au pied d’une colonie d’éléphants de mer à San Simeon. Les animaux faisaient un bruit de dinosaures et n’étaient pas très jolis à voir mais ça ne nous empêchait pas d’être fascinés par ce spectacle. Ils se déplaçaient en rampant et les males tentaient d’asseoir leur domination sans arrêt.
On assistait à plusieurs bagarres qui se réglaient à coups de dents assez violents. On poursuivait notre route pour découvrir qu’elle était justement fermée sur trente kilomètres et qu’il fallait donc faire un détour. On était furieux parce que ça nous faisait revenir en arrière de cinquante kilomètres mais surtout parce que ce n’était indiqué nulle part avant. Dans quel genre de pays civilisé ne signale-t-on pas en amont quand la seule route est fermée ?


Ce détour de trois heures nous coûtait une bonne partie de la journée et on arrivait sur la plus belle section côtière de l’autoroute juste avant le coucher du soleil. Notre agacement disparaissait aussitôt. Le ciel avait pris une teinte orangée et les lumières solaires se reflétaient dans l’eau intensément. On longeait la mer en faisant des arrêts réguliers. On passait sur le Bixby Bridge et on marquait un stop. Il était aussi beau que dans les descriptions. Son architecture particulière toute en arche lui conférait un aspect extrêmement cinématographique que les falaises alentours venaient accentuer. On n’était donc pas surpris d’apprendre qu’il apparaissait dans plusieurs films et même dans le jeu-vidéo GTA San Andréas. Assis au bord du vide, les yeux sur un coucher de soleil incroyable et dans un cadre époustouflant, on se rendait vraiment compte de la chance qu’on avait de vivre tous ces moments.
Le monde était si grand et nous, finalement, si petits, se disait-on en remontant vers Monterey. Et nos soucis ne pesaient plus grand chose dans la balance de la vie. Nous n’avions pas trouvé de logement à un prix abordable et nous allions devoir passer une nuit dans la voiture. Elle facturait des dimensions plus que raisonnables et ce n’était pas le confort qui nous inquiétait mais bien le froid. La température allait descendre sous les cinq degrés sur la côte ouest américaine et on achetait des sacs de couchage dans une grande surface.

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