On prenait le lendemain la direction de Santa Barbara, bien connue de tous les francophones grâce à la mythique série et son générique culte resté dans les mémoires. C’était donc bien évidemment en fredonnant l’air qu’on se promenait dans les rues de cette ville qui nous paraissait tout de suite sympathique. L’architecture était d’inspiration mexicaine, les trottoirs larges. Il faisait bon s’y promener surtout sous le soleil qui était au rendez-vous, comme d’habitude en Californie. On croisait des jeunes en skate, des vieux en promenade. Sur la jetée, on souriait à un homme qui se prenait en photo avec une statue de dauphin. Il engageait alors la conversation et il finissait par nous expliquer qu’il était le réalisateur du film The Room, souvent décrit comme le Citizen Kane des mauvais films, c’est à dire le pire film de l’histoire. Son personnage était même joué par Seth Rogen dans le film The Disaster Artist.
J’avais lu des articles sur lui et quand je lui demandais ce que ça faisait d’avoir réalisé le plus mauvais film de l’histoire, il faisait mine de s’offusquer puis rigolait en nous disant qu’il aimait bien les français parce que nous n’avions pas peur de poser des questions directes. Nous n’étions clairement pas impressionnés et on poursuivait en lui demandant où il en était dans sa carrière et ce qu’il faisait ici. Il donnait une interview dans quelques heures et il en profitait pour se promener, ce qui nous avait mené à cette improbable rencontre.



Ce qu’il y avait de bien avec les USA, c’était que contrairement à l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le choix des restaurants était pléthorique. On résumait souvent les États-Unis aux fast-food mais c’était beaucoup trop réducteur. Il y en avait vraiment pour toutes les papilles et pour toutes les bourses. On s’arrêtait manger des pâtes sous une petite arcade commerçante très mignonne mais on aurait pu sélectionner une cuisine de n’importe quel pays du monde et on comprenait vite que tous les jugements à l’emporte-pièce sur le pays étaient réducteurs et binaires.
Il était impossible de mettre cette nation-continent dans une case. On poursuivait notre visite par le tribunal de la ville qui était une attraction touristique en soi. Il nous rappelait les bâtiments andalous que nous avions vu dans le sud de l’Espagne. Des arcs de cercle perçaient les murs de tous les côtés pour laisser filtrer la lumière. La peinture était d’un blanc immaculé. Nous nous promenions dans les quatre étages remplis de détails historiques sur les procès tenus dans les lieux. Le jardin était superbe aussi et il accueillait un magnifique magnolia en fleurs qui illuminait l’extérieur. On avait beau être mercredi après-midi mais un mariage avait lieu sur l’herbe et on restait un instant à observer ce beau moment.
On faisait ensuite un petit arrêt à Solvang, un petit village d’inspiration danoise. Il avait été fondé en 1911 par un groupe d’éducateurs danois et donnait véritablement un avant-goût du Danemark à qui traversait la ville. C’était complètement improbable. On roulait à travers des paysages typiquement américains et puis à un croisement, on se retrouvait avec une petite bâtisse caractéristique à notre droite, une boulangerie danoise à notre gauche. Toute la bourgade était à l’avenant et on flânait une petite heure dans les ruelles, regardant les boutiques et restaurants aux devantures si caractéristiques.



Il y avait même une copie de la fameuse statue de la petite sirène. On arrivait à notre hôtel à San Luis Obispo vers 19h. Comme toutes les habitations américaines, elle était dépourvue d’isolation et on se rendait vite compte qu’on devrait dormir avec des boules quies. On sortait en ville et on profitait de l’animation dans les rues qui nous changeait tellement de l’Océanie. On se décidait finalement pour un restaurant marocain et on découvrait le principe du pourboire.
Aux États-Unis, le pourboire n’était pas obligatoire mais fortement recommandé. La norme était de laisser 18% de son addition pour le service. C’était sur cette somme que le serveur allait être taxé par le gouvernement sur chaque table encaissée. Pour manifester son mécontentement, il fallait laisser moins de 15% de « tip » car ne rien laisser était un signe extrêmement grossier et c’était vivement déconseillé. Il valait mieux demander à parler à un manager plutôt que de faire l’affront de ne pas laisser de pourboire. C’était encore une fois compliqué à comprendre pour nous européens mais le proverbe disait bien « A Rome, fais comme les romains » alors on essayait de s’accommoder au mieux de ces coutumes.

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