La grande horloge du terminal de LAX affichait 6h40 du matin à Los Angeles. L’avion venait d’atterrir et malgré la fatigue, c’était l’excitation qui prenait le dessus. On se retrouvait aux États-Unis alors que ce n’était même pas à notre programme à peine une semaine auparavant. Étonnamment, la douane fut passée plutôt rapidement et on se retrouvait dans la navette qui nous amenait à l’agence de location. Encore une fois, sur place les formalités étaient expédiées. Un jeune homme nous guidait vers les voitures et nous proposait de choisir celle qu’on voulait parmi les « mid-size ». Cela nous surprenait énormément et on se regardait en rigolant. Nous n’avions pas une voiture attitrée comme dans les enseignes européennes mais on pouvait faire notre sélection parmi des rangées gigantesques de véhicules. Loin d’être de tailles moyennes, tous les véhicules de la rangée étaient plutôt imposants selon les standards français. Notre choix se portait sur une Hyundai Elentra avec un coffre si grand que tous nos bagages rentraient sans aucun souci là où on était obligés de les faire tenir sur la banquette arrière en Nouvelle Zélande. On s’installait sur les sièges avant et on lançait officiellement le road-trip aux Etats-Unis d’Amérique.
Sans internet et avec juste un semblant de carte, notre première expérience de la route californienne était plutôt chaotique. Nous pensions bêtement que des panneaux nous indiqueraient la direction des destinations principales, à savoir Santa Monica pour nous. Non seulement, tout était très mal indiqué mais le trafic était bouché de tous les côtés. On essayait de se repérer avec le semblant de carte qu’on trouvait sur nos téléphones et on se maudissait de ne pas avoir anticiper et télécharger les plans de parcours au préalable. On était confronté instantanément au mode de vie américain. Tout le monde avait sa voiture et les transports en commun étaient inexistants. Sur l’autoroute, une voie prioritaire était même réservée aux véhicules comportant plus d’une personne et il n’y avait pas grand monde qui l’empruntait. On constatait en regardant par nos fenêtres que la plupart des voitures n’étaient occupées que par le conducteur.

Après une heure de voiture pour faire 15 pauvres kilomètres et de nombreux moments de confusion sur la route, on arrivait enfin à Santa Monica. Quartier iconique de Los Angeles, c’était l’endroit où la majorité des célébrités d’Hollywood vivaient et cela se ressentait à l’allure des maisons et des véhicules. On se promenait le long de la mer en profitant du soleil naissant et du Wi-Fi gratuit pour pouvoir accomplir nos deux prochaines étapes essentielles : retirer de l’argent et se procurer une carte SIM. On allait à la Bank of America et on retirait des dollars américains. Les billets étaient tellement ternes, sans saveur, comparés aux australiens et aux néo-zélandais. Impossible à l’œil nu de les discerner. On rentrait ensuite dans un T-Mobile où un très gentil vendeur mettait en route un forfait temporaire sur mon téléphone. En retournant à la voiture, on ne pouvait s’empêcher de remarquer qu’énormement de sans-abri arpentaient les rues dans des conditions vraiment précaires. Ils poussaient souvent un caddie en fin de vie dans des vêtements sales et décrépis. Le rêve américain ne s’appliquait visiblement pas à tout le monde.
11 heures venaient de sonner et on commençait à avoir faim. On était sortis de l’avion à 6h15 et la fatigue commençait à nous rattraper aussi. Le Central Farmers Market semblait un bon endroit pour se restaurer et boire un café. Il occupait la pôle position des marchés de LA. On flânait au travers des allées en observant ce qui pourrait nous intéresser. Le choix était extrêmement vaste et confirmait bien le côté cosmopolite de cette mégapole. Le stand de « french crêpes » était tenu par des asiatiques visiblement pas français du tout, ce qui nous faisait sourire. On mangeait une part de pizza chez un italien avant de prendre un café à un petit stand. On faisait l’erreur de commander en taille moyenne et on se retrouvait avec un gobelet énorme. Heureusement que le breuvage était excellent ! Il y avait là une atmosphère de fourmilière propre aux grandes villes qu’on avait complètement oublié entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande. On sentait autour de nous des vies qui allaient à cent à l’heure, des projets par milliers, une activité permanente et cela nous faisait du bien.

En bon touristes, on allait évidemment visiter Hollywood Boulevard directement. On se garait un peu à l’écart et on marchait jusqu’au Walk of Fame. Bizarrement, à cause de la télévision et des magazines, nous nous attendions à une avenue superbe, spacieuse et moderne. On était un peu déçus de voir que c’était un trottoir complètement lambda sur lequel étaient posés des étoiles avec des noms inscrits. L’expérience était marrante quand même et on regardait les noms avec attention. Nous avions l’impression de nous promener dans une rue en carton pâte par endroit. Comme quand on entrait dans Disneyland mais en bien moins propre. On se faisait alpaguer tous les trente mètres par des chauffeurs qui nous proposaient de faire un tour guidé des endroits iconiques. On trouvait rapidement une parade en disant qu’on l’avait déjà fait et ça marchait très bien. On se rendait compte de la puissance du soft-power américain. Via les médias, on avait une image glamour de tout ce qui était américain mais la réalité était forcément trop réelle. Ce boulevard n’était qu’un boulevard et s’il avait été séduisant un jour, c’était probablement des décennies auparavant.
Il était rempli de boutiques et on ne pouvait pas s’empêcher de faire quelques emplettes. C’était aussi l’occasion de nous confronter au système américain. Tous les prix étaient affichés hors taxes et on ne connaissait le montant total uniquement en caisse. Difficile à comprendre pour des européens mais il fallait bien s’y habituer et nous ne voulions surtout pas jouer les donneurs de leçons. On était dans un pays différent et on s’adaptait sans rechigner au mode de vie. Notre visite de parfaits touristes nous menait ensuite au signe Hollywood, évidemment. Nous étions surpris de constater qu’il n’était pas si touristique que ça. Aucun emplacement n’était vraiment prévu pour le parking et le trottoir n’était probablement pas adapté à la masse de touristes qui se présentait ici chaque année. On prenait les photos obligatoires et on flânait ensuite dans le parc en contre-bas.
On se rendait ensuite à notre Airbnb du soir et il correspondait bien à l’image des appartements américains qu’on se faisait. Mal isolé, un peu vieillot et délabré. La douche marchait de manière étrange et fuyait de tous les côtés. Un panneau à la porte expliquait que le peu d’isolation était normale aux USA. Parce que Los Angeles se situait sur une zone sismique, ils utilisaient du bois et du placo pour construire leurs maisons et ça expliquait selon eux le manque d’isolation thermique et phonique. Les propriétaires avaient probablement eu plusieurs critiques de la part de leurs clients étrangers et ils se sentaient obligés d’afficher ces précisions bancales. On faisait une sieste de deux heures avant d’aller se chercher à manger dans un fast-food évidemment. Le In’N’Out de West Hollywood était connu pour apparaître dans The Big Lebowski et comme nous étions à cinq minutes de voiture, on allait y chercher des burgers. Nous pensions qu’on pouvait s’installer et manger tranquillement mais le nom aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. In’N’Out signifiait littéralement Dedans et Dehors au sens d’aussitôt entré, aussitôt sorti. C’était donc un restaurant à emporter et on commandait nos menus avant de rentrer manger à la maison. Le repas était excellent et malgré les mauvaises qualités diététiques, on ne pouvait s’empêcher de s’endormir contents.

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