Randonnées et expériences uniques au coeur de la Nouvelle-Zélande : Lake Tekapo et Mont Cook

Il fallait le vivre pour le comprendre mais le mouvement permanent fatiguait les corps et les esprits. Se poser deux jours devenait pour nous un luxe. Pour des occidentaux sédentaires, c’était un pas de géant hors de la zone de confort que de vivre ainsi, sans repère et sans attache. Quand on restait un jour à un endroit, on ne sortait même plus la valise du coffre, juste les quelques affaires nécessaires, la trousse de toilettes et le sac de linge sale. Notre mécanique était bien rodée.

Changement de programme total. Alors qu’on avait prévu de partir tôt ce matin-là, la météo chamboulait nos plans. On voyait sur les rapports de l’institut néo-zélandais du climat que de la pluie s’annonçait pour nos jours dans les montagnes. On avait déjà eu le cas sur l’île du nord alors hors de question que ça nous arrive encore dans le sud. On chamboulait tous nos plans et on partait autour de midi direction le centre de l’île et le Lake Tekapo. Il était sublime, aucun autre mot ne pourra le décrire. En arrivant dessus, on était bluffés par l’architecture de l’endroit. Un grand lac massif entouré de forêts et de montagnes qui lui donnait un air de Canada fantasmé.

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Puisque le soleil venait de faire son apparition, on se mettait d’accord pour une randonnée jusqu’au sommet. La première partie était extrêmement raide et on arrivait comme d’habitude trempés au sommet mais ça valait vraiment son effort. Nous avions une vue panoramique sur tous les alentours à perte d’œil. On prenait notre quota d’images aussi bien à l’appareil photo qu’au drone et on descendait par le versant opposé, par un chemin de deux heures. La pente était plus douce de ce côté et on prenait tout notre temps en randonnant et en discutant.

Arrivés en bas, le soleil était encore haut et on estimait qu’il nous restait une trentaine de minutes pour nous baigner et nous laver. La région, grâce au lac, était très touristique. Quand vous posiez les yeux sur ce lieu, tout en vous criait « vacances » et vous intimait de rester à tout jamais. L’inconvénient était que les logements étaient hors de portée, en tout cas pour notre bourse, et nous avions décidé de dormir dans la voiture. Nous l’avions fait des dizaines de nuit en Australie, rien ne nous empêchait de réitérer l’expérience ici.

On sautait dans l’eau gelée du lac pour se nettoyer à fond. Notre peau se tendait immédiatement et on sentait les effets vivifiants resserrer nos pores. On ne restait pas plus de cinq minutes à l’intérieur et on séchait ensuite sur nos serviettes. Notre estomac se creusait maintenant et on trouvait un endroit pour se restaurer. On allait ensuite garer la voiture dans un recoin d’une forêt, on s’arrêtait pour définir si l’endroit était sûr et paisible. Sous les grands pins qui se balançaient avec la douce brise, nous n’entendions pas d’autre bruit que le sifflement du vent. Là, sous ce calme impérial, on discutait allongés sur les sièges avant, emmitouflés dans nos sacs de couchages. On s’endormait en se rendant bien compte que nous vivions une expérience hors du commun : dormir dans une voiture, à l’orée d’une forêt et au bout du monde, voilà un souvenir qui nous collerait au cerveau jusqu’à la fin de nos vies.

On ouvrait les yeux en même temps, chacun dans notre siège et on se souriait. Je jetais un œil à l’heure sur mon téléphone et je voyais qu’il était déjà huit heures. On se préparait en vitesse pour aller boire un chocolat chaud au seul café de la ville de Tekapo et on prenait la route direction le Mont Cook. On avait repéré une randonnée de trois heures qui menait au lac juste sous le mont. La marche n’était pas trop compliquée. Ça montait du début à la fin mais de manière régulière et jamais trop à pic. On se promenait donc en discutant et en ouvrant grand les yeux. Tout autour de nous, des montagnes imposantes et pleines d’eau s’offraient au regard.

Le chemin passait régulièrement au-dessus de la rivière grâce à des ponts et on s’apercevait avec la couleur vert léger de l’eau qu’elle provenait des glaciers fondants. On s’en voulait de n’avoir pas démarré plus tôt car beaucoup de touristes empruntaient cette même route. Ça ne gâchait pas notre plaisir dans l’absolu et on profitait jusqu’au lac. Il était gigantesque et rempli de morceaux de glace éparpillés. On prenait un pique-nique sur les rochers et j’osais même mettre les pieds dans l’eau mais sa température devait avoisiner les cinq degrés alors ils étaient vite ankylosés et je retournais sécher au soleil en mangeant.

On profitait du chemin retour pour prendre plein de photos et pour capturer des images au drone. Les vues étaient sensationnelles et on ne cessait de s’émerveiller devant la beauté de ce paysage naturel. Une fois de retour au camp de départ, on faisait le plein d’eau avant d’aller attaquer une seconde randonnée plus rapide vers un autre lac. En effet, en une vingtaine de minutes on était au sommet et on retombait sur le même genre de paysages. Pas lassés, on le contemplait de longues minutes et on reprenait la route. On s’arrêtait plusieurs fois en voiture pour prendre des photos car les paysages changeaient assez rapidement sans rien perdre en beauté.

En voiture vers notre logement du soir, on réalisait que nous avions un souci d’envergure : Cassandre n’avait toujours pas reçu sa seconde année de visa pour l’Australie. Nous étions censés retourner au pays des kangourous le 12 février, il restait donc quinze jours pour que le précieux sésame lui parvienne et ça commençait à sérieusement nous inquiéter car nous n’avions pas de plan B. Heureusement, notre plainte contre notre précédent employeur avait rapidement abouti et nous avions l’immense satisfaction de voir 9500 dollars tomber sur notre compte en banque australien, un filet de sécurité conséquent en plus de tout l’argent économisé. Notre logement se trouvait à Omarama et les chambres de l’établissement partageaient l’espace avec un élevage de moutons. L’hôtel n’était fréquenté que par des jeunes voyageurs comme nous, de pays différents. On rencontrait une française très sympathique dans les douches, elle possédait un kayak qui trônait sur le toit de son van et elle nous racontait ses périples sur les rivières néo-zélandaises. Sa voix était si enjouée qu’elle commençait à planter la graine du kayak dans nos cerveaux et c’était à ce moment que le téléphone de Cass sonnait.

La Nouvelle-Zélande étant si éloignée, le décalage horaire facturait douze heures. Il était 20h30 chez nous et Cass était surprise de voir son père l’appeler si tôt le matin en France. A sa tête qui se décomposait de minutes en minutes, je devinais que quelque chose de grave venait de se produire. C’était notre inquiétude la plus vivace, celle d’apprendre une terrible nouvelle et de devoir rentrer en catastrophe en portant après le poids de la culpabilité de ne pas avoir été là, d’être partis vivre une aventure sans se retourner. Sa maman s’était évanouie un matin, s’était cogné la tête avant d’être admise à l’hôpital. Ce n’était finalement pas si grave mais on se sentait tellement impuissants face à la situation que l’on passait une nuit horrible, pas aidés par le passage incessant de camions sur la nationale jouxtant notre chambre.