Wellington était aussi connu pour être le camp de base du Seigneur des Anneaux et il était facile d’y trouver des lieux de tournage. Nous étions surpris d’en trouver un très connu en plein cœur de la ville, dans la minuscule forêt surplombant les immeubles. La scène où les hobbits se cachaient derrière une racine immense d’un tronc d’arbre non moins grand avaient été tournée à cinquante mètres d’une route et on s’amusait à recréer la situation en prenant des photos. On se rendait compte alors de la magie du cinéma, qui pouvait vous emmener dans un univers féérique tout en filmant à un endroit où on entendait les voitures, les avions et les bateaux.

Dans le cœur de ville, un téléphérique vous menait jusqu’à un jardin botanique surplombant lui aussi la ville. La promenade était agréable, une petite dame munie d’un parapluie surprenait notre accent français et engageait la conversation. Elle était charmante et nous racontait sa passion pour le sud de notre pays, elle avait l’air surprise d’apprendre qu’il neigeait à Paris à ce moment précis et concluait cette discussion par « bon, on est peut-être mieux ici. » On était bien d’accord et on partait à la chasse aux lieux de tournage dont Rivendell, Minas Tirith et autres Isengard qui avaient quand même plus de cachet à l’écran, une fois agrémenté des effets spéciaux.
On empruntait la route 2 à destination de notre logement du soir. Nous étions accueillis par un couple très charmant d’une cinquantaine d’années, avec la télé calée sur une rediffusion d’une étape du Tour de France de l’année précédente. Devant notre surprise, ils nous expliquaient que les néo-zélandais étaient friands de la réalisation mettant en avant les paysages et qu’ils adoraient regarder ça en fond d’une discussion. La même logique était valable pour le marathon de Paris qui était plusieurs fois diffusé dans l’année, plus par intérêt pour le lieu que pour la performance sportive. Joël et Lauren insistaient pour qu’on partage leur tarte au diner, ce que nous faisions après être sortis courir, et ils étaient aussi généreux sur la bière dont on profitait sobrement.

On descendait le lendemain jusqu’au Cap Palliser, la pointe la plus méridionale de l’île du Nord. On y admirait une colonie de lions de mer, affalés sur les rochers à profiter du soleil tel les meilleurs touristes de la Côte d’Azur. On respectait leur repos, ce qui n’était pas le cas de tous les visiteurs, certains tentaient des stratagèmes pour les faire bouger mais les gros animaux marins restaient imperturbables, ce qui nous réjouissait. Une petite randonnée d’une paire d’heures menait aux Putangirua Pinnacles et on grimpait, en partie pour la beauté des lieux mais aussi pour voir l’entrée du Chemin des Morts d’Aragorn. La chaleur était torride et Cassandre commençait à faire une crise d’allergie alors on ne trainait pas pour retourner à la voiture. On prenait la direction de Levin via la route 2 puis la 1 qui se voulaient toutes les deux aussi belles l’une que l’autre. Elles étaient sinueuses, traversant des forêts verdoyantes, montant et grimpant au gré des montagnes. On n’y croisait pas grand monde mais on se faisait souvent doubler.





C’était une surprise pour nous mais les néo-zélandais étaient très nerveux sur la route en plus d’être impatients. Comme en Australie, dès qu’on sortait des villes nous avions sans arrêt quelqu’un dans le cul de la voiture. Peu importait notre vitesse, nous pouvions rouler à la vitesse réglementaire ou être vingt kilomètres au-dessus, il y avait à chaque fois quelqu’un qui venait nous coller. Quand on en parlait à nos hôtes Airbnb, ils nous confiaient que c’était une catastrophe et qu’il y avait énormément d’accidents. La route, pas en très bon état, n’aidait pas non plus à la tâche car elle était truffée de nids de poule.
Nous prenions notre temps et on arrivait à Levin en temps et en heure, une petite ville de la côte qui annonçait fièrement ces vingt et un mille habitants sur le panneau d’entrée. Une petite dame nous attendait à l’entrée de la maison en retenant son chien par le collier. Il débordait d’affection et nous sautait dessus à la seconde précise où on lui montrait de l’attention. La maison était de plain-pied, très longue et très large, proprement décorée comme savent le faire les personnes âgées. Le mari dont j’ai oublié le nom souffrait d’une paralysie totale, seuls son cou et sa tête étaient encore doués de motions. La vieille dame s’occupait de lui à chaque minute que dieu faisait, ce qui n’avait pas l’air d’être une tache évidente.
Malgré son handicap, le monsieur était très jovial et alerte, il faisait des blagues et racontait des histoires sur la ville. Il était passionné de documentaires animaliers, il insistait donc pour qu’on regarde avec lui une girafe se faire attaquer par plusieurs lionnes affamées. Au cours de nos voyages, on avait pu apprécier à quel point les personnes âgées savaient recevoir et cela se vérifiait à chaque occasion : ils étaient adorables, leurs maisons étaient spacieuses et les chambres toujours confortables. On sentait qu’au-delà du petit coup de pouce financier, ils étaient heureux d’avoir de la compagnie et de sociabiliser avec les jeunes gens venus du monde entier. On passait une soirée et une nuit agréable, reposante avant de tenter notre chance au Tangariro National Park.

Laisser un commentaire