La nuit n’avait pas été aussi bonne que prévue. Mauvaise pioche quant au choix de la route. On pensait qu’elle serait peu empruntée mais à partir de six heures du matin, c’était un véritable défilé et on avait les yeux grands ouverts dès sept heures. On traînait un peu « au lit » avant d’aller acheter des vivres à l’ouverture du Woolworth. Une journée de randonnée nous attendait et il fallait bien nous y préparer. On achetait de quoi se faire des sandwichs et un petit-déjeuner.
Après une quinzaine de minutes de route, on arrivait aux gorges du Nitmiluk National Park. Le paysage vendu sur les photos était vraiment merveilleux et on avait hâte de s’y attaquer. En randonneurs avertis, on faisait un tour au bureau d’accueil pour prendre une carte des lieux et pour savoir s’il y avait des informations particulières à connaître avant de se lancer. La dame au comptoir évaluait notre temps de parcours à 4h sur le trajet qu’on avait choisi de faire.

Le début de la randonnée était complètement plat et on traversait une centaine d’arbres à chauve-souris. Il y en avait littéralement des milliers et je les avais confondus avec des fruits à première vue. C’était un spectacle impressionnant. Après une série de marches sacrément coriaces, on arrivait au premier point d’intérêt. Effectivement, la vue valait le détour et je ne ratais pas l’occasion de sortir le drone.
Mais à peine l’engin dans les airs, on voyait un aigle foncer dessus et tourner autour. Je jugeais qu’il était plus prudent de retourner au bercail parce que l’oiseau avait l’air de protéger le territoire. Ce n’était que les prémices de mes malheurs avec mon quadricoptère. On suivait le chemin pour nous rendre aux autres points de vue et déjà la monotonie nous envahissait. C’était un peu frustrant de devoir marcher sur des cailloux au milieu de nulle part alors qu’à quelques mètres sur notre gauche, on savait qu’il y avait la gorge et son paysage à couper le souffle. Il fallait ajouter à ça le problème de l’eau. Certes, on avait emmené trois litres mais ils étaient déjà chauds au bout d’une heure et les points d’eau disséminés à trois endroits délivraient une eau plus que tiède.
Au dernier point de vue, le paysage était grandiose. La gorge faisait un double lacet qui conférait au lieu un air d’Arizona et de Grand Canyon. Évidemment, je sortais le drone pour filmer et je me régalais des plans que je réussissais à capturer. Comme nous étions sur une crête, il m’était impossible de le faire atterrir de la manière normale. Il fallait que j’attrape l’engin en vol tout en le faisant se poser manuellement. C’était une manœuvre que j’avais déjà effectué des dizaines de fois mais cette fois-ci, sans raison logique, je l’attrapais de la mauvaise main et j’étais dans l’incapacité d’appuyer sur le bon bouton pour que les hélices s’arrêtent.

Heureusement, Cassandre réagissait assez vite pour le stopper mais le mal était déjà fait, mon bras était entaillé. Ce n’était pas vraiment sévère mais ça saignait à quatre endroits et la perspective de devoir encore marcher au moins deux heures pour retourner à la voiture ne nous enchantaient pas. Cependant comme nous n’avions pas vraiment le choix, on poursuivait notre marche à un rythme plus lent. La chaleur devenait étouffante et on commençait à ne plus en voir le bout quand on apercevait enfin un panneau de direction qui nous indiquait que notre calvaire se terminait dans quatre kilomètres. C’étaient les plus longs de notre vie mais on arrivait en vie à la voiture. Bilan de cette randonnée ? Des éraflures plein la jambe pour Cassandre suite à une chute, des entailles sur le bras gauche pour moi, des courbatures et trois litres d’eau chaude dans nos bouteilles.
On n’était vraiment pas mécontent de retrouver la semi-civilisation de la ville de Katherine et on décidait d’aller faire un tour à la piscine thermale de la ville pour se rafraîchir. Cet endroit avait un petit air de paradis. C’était une rivière naturelle et l’eau y était si claire qu’on voyait le fond. La localité avait aménagé le lieu de manière à ce que l’on suive un circuit. On descendait d’une échelle sur le haut du parcours et on se laissait porter par le courant. L’eau facturait 32 degrés et c’était vraiment agréable après une journée éprouvante. On observait les familles venir profiter de la baignade. Il y avait beaucoup d’aborigènes puisque l’état du Territoire du Nord en était peuplé à 30%.

On s’amusait à regarder les enfants rire et profiter de ces moments d’insouciance. La difficulté de trouver une douche dans cette région nous amenait à considérer cette halte comme un bain. On s’était bien nettoyés dans l’eau et on n’avait plus qu’à manger. Fatigués des pâtes, on se rendait à Woolworth pour acheter des légumes afin de faire une salade. Après ce repas frugal mais délicieux, on s’installait près de la borne Wifi pour profiter d’internet avant d’aller dormir. On était à ce moment témoins d’une scène qu’on avait vu dans des reportages sur l’Australie. Une dame âgée d’origine aborigène était ivre morte, adossée à un mur et elle hurlait sur les passants.
J’en avais fait les frais en allant aux toilettes au McDonalds voisin. Il ne fallait pas longtemps avant que la police débarque et vienne questionner l’ancienne. De notre poste, on avait du mal à définir s’ils étaient bienveillants ou pas mais ils semblaient plutôt concernés par sa santé. Le voyeurisme n’étant pas notre tasse de thé, on allait se trouver un endroit où passer la nuit au fond d’une impasse sans reproduire l’erreur de la veille. La ruelle était calme si ce n’était un chien qui aboyait au loin.

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