C’était donc sans bouder notre plaisir qu’on s’attaquait à la route qui devait nous mener à Darwin. 2600 kilomètres et 25h de route, le tout majoritairement en ligne droite avec un paysage lunaire où la moindre colline faisait office d’attraction. Même la vue des aigles finissait par devenir monotone tant ils étaient nombreux. Ces longues heures de conduite étaient l’occasion rêvée pour laisser son esprit divaguer. La route avait tendance à hypnotiser et on se retrouvait souvent enfouis dans des kilomètres de pensées.
Parfois une vache morte ou un kangourou écrasé venaient rallumer l’esprit vagabond. Nous n’étions pas malheureux d’arriver à notre première étape, Mount Isa, après sept heures à avaler des kilomètres. C’était une ville minière et nous n’utilisions pas ce terme pour décrire l’ancienne occupation principale de la commune, comme on pouvait le faire quand on décrivait certaines communes du nord de la France. La mine gigantesque bordait la ville sur son côté et elle pétaradait d’une activité impressionnante. Bien qu’elle soit au milieu du désert, on y trouvait tout ce qu’on pouvait attendre d’une grande ville australienne : Coles, K-Mart, Woolworth et toutes les grandes enseignes.






On profitait de la civilisation pour aller boire une bière dans un bar. Cette ville avait une atmosphère étonnante et l’on pouvait croiser plein de travailleurs tout droit sortis de la mine. On les reconnaissait à leur visage un peu charbonneux et leurs vêtements souillés. C’était un mélange particulier dans le pub, entre les gens très bien habillés, le calendrier indiquait vendredi soir, les mineurs et les aborigènes. On décidait de manger dans un fast-food, la solution la plus économique et qui nous permettait de profiter du Wifi.
A la fin du repas, on allait se laver les dents dans les toilettes avant de chercher un endroit où garer la voiture pour dormir en paix. On avait trouvé l’endroit parfait. Peu éclairé, à l’écart de la route et sans nuisance sonore.
On préparait donc la voiture, ce qui consistait à mettre tout ce qui traînait sur la banquette arrière dans le coffre, quand je me rendais compte qu’un des sacs de couchage était recouvert d’huile. Le bidon d’huile moteur qui se situait sous le siège conducteur avait décidé de fuir, ce qui rendait mon duvet complètement inutilisable.
Il n’y avait plus qu’à espérer que la nuit ne soit pas trop froide. Au petit matin, la température avait chuté. Rien de comparable à ce qu’il pouvait se faire en France mais j’étais obligé de mettre une petite veste et Cassandre me donnait aussi la sienne. Elle avait toujours son sac de couchage après tout. Au réveil, on se rendait à K-Mart pour en acheter un nouveau. Nous n’avions pas vraiment le temps de le faire nettoyer et la plus grande partie de la route nous attendait.
Sur un air de country, la playlist choisie par Cass pour conduire, on montait en voiture pour atteindre la frontière du Queensland et du Northern Territory qui était notre point d’échange de conducteur. On y faisait les photos d’usage devant le panneau qui indiquait le changement d’état. La partie de route qui venait était la plus redondante du parcours. Quatre heures de désert sans aucun relief, avec une végétation presque inexistante.




On s’arrêtait pour manger des sandwichs dans une aire de repos qui tenait plus du bout de terrain aplani à la va-vite que du grand luxe. L’endroit était envahi par les mouches et on se réfugiait dans la voiture avant de repartir. On commençait à être habitué à la routine. Toutes les deux heures, on repérait un endroit où changer de conducteur et en fin de journée, celui qui tenait le volant roulait jusqu’à ce qu’il en ait assez.
Cette technique nous emmenait à Elliott, petit point si insignifiant sur la carte qu’il fallait presque zoomer entièrement sur Google Maps pour le trouver. On se rendait vite compte que la ville était peuplée d’aborigènes mais que tous les commerces étaient tenus par des blancs. On ne s’aventurait pas dans les grandes analyses sociologiques mais cela résumait plutôt bien le pays. Après avoir mangé nos nouilles sur un banc rose, on allait se trouver un endroit calme pour garer la voiture et dormir dedans.
Ce n’était pas vraiment compliqué, la ville était plutôt paisible. Notre problème se situait plutôt au niveau de la chaleur dans l’habitacle. Dès qu’on ouvrait la porte, un vent frais entrait et venait nous rafraîchir. Mais dès que la portière était fermée, la température remontait en flèche. Pas de problème, on laissait donc deux fenêtres ouvertes pour profiter du courant d’air.
Après quelques minutes, on entendait à l’intérieur un bruit connu et annonciateur de souci : des moustiques par dizaines ! Une chasse impitoyable se mettait alors en place. Avec la lumière des téléphones, on les attirait dans un coin avant de procéder à leur exécution méthodique. Pas moins d’une vingtaine de moustiques donnèrent leur vie cette terrible nuit.
Sauvés ? Pas du tout. Certains, plus malins que leurs confrères, attendaient qu’on s’endorme pour venir voler près de nos oreilles. Cassandre se chargeait de les exterminer. La température finissait par descendre autour de 3h du matin et on réussissait à dormir jusqu’à 7h30. Après un petit déjeuner frugal, on reprenait la route jusqu’à Mataranka.
Nous y attendait des sources chaudes à deux endroits différents. La première était aménagée comme une vraie piscine taillée dans la roche et l’eau était à 34 degrés. On pourrait penser à une mauvaise idée avec la température extérieure de 38 degrés mais cela s’avérait très rafraîchissant quand même. On s’amusait à regarder la vieillesse du coin venir se rafraîchir. Ils s’équipaient tous de frites en mousse pour pouvoir flotter.






C’était encore plus drôle au second endroit parce que les vieux se faisaient un parcours. Ils remontaient le courant avec la frite entre les jambes avant de s’asseoir dessus et de se laisser porter jusqu’au bout. Ils accrochaient même leurs tongs à chaque bout de la frite pour pouvoir remonter plus facilement à pied. La technique semblait bien rodée.
De notre côté, on s’amusait autour d’un tronc d’arbre à 90% submergé et on prenait des photos de l’eau si claire qu’on voyait chaque détail du plancher de la rivière. Après avoir fait trempette pendant un bon moment, on estimait qu’il était temps de rentrer. Mais rentrer où ? Quand votre voiture se trouvait être votre maison, la réponse était partout et nulle part. On cherchait un coin tranquille pour pouvoir manger nos traditionnelles nouilles, repas hautement équilibré.
A défaut de mieux, on trouvait une table sous un arbre et cela ferait l’affaire pour cette fois-ci. Après ce dîner, on se mettait en quête d’un endroit où boire un verre dans Katherine et ce n’était pas si facile qu’on aurait pu le croire.






On finissait par trouver le Golf Club où l’on prenait respectivement une bière et un verre de vin blanc avant d’aller s’essayer aux machines à sous. Le principe nous intriguait depuis notre arrivée en Australie. Dans chaque ville, dans chaque bar, un espace était réservé aux joueurs avec à chaque fois des dizaines de machines où les locaux pouvaient assouvir leur soif de se faire délester de leur argent.
Quand on voyait qu’on pouvait jouer 100 parties avec un dollar, on décidait de se lancer et c’était assez cocasse parce qu’après avoir tout perdu, on n’avait toujours pas compris comment ça fonctionnait vraiment. Les australiens avaient un véritable problème avec les jeux d’argent. Leur grande disponibilité engendrait des comportements destructeurs et plus d’une personne nous avouait être ruinés à cause des paris sportifs ou des machines à sous.
Les rares moments où nous allumions une télévision, nous étions matraqués de publicités pour les multiples sites cherchant à vous alléger de vos dollars. C’était la première fois qu’on se laissait tenter et on avait perdu un dollar mais on y avait gagné un moment de rigolade et un souvenir en plus. Il était temps d’aller à la recherche d’un coin calme pour dormir.

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