Le lundi suivant, nous arrivions à Tully Heads pour démarrer le woofing. Nous nous attendions à vivre dans une grande maison avec la famille que nous venions aider mais la déception nous cueillait dès notre arrivée. L’adresse était celle d’un petit complexe hôtel et restaurant avec des cabines pour chambres. La patronne nous accueillait chaleureusement et nous indiquait notre mobile-home. C’était un petit meublé de quelques mètres carrés à l’intérieur duquel la chaleur vous saisissait la peau et activait votre sueur plus vite que jamais.
Nous rencontrions le soir même un couple de français, venus de Corse, qui travaillait déjà pour l’exploitation. Ils nous apprenaient dans la discussion que le job se répartissait entre la ferme et le bar, que nous serions donc amenés à faire le service ou la cuisine. L’annonce ne spécifiait pas ça mais nous n’étions pas difficiles et on riait d’avance de l’expérience que cela pouvait être.
Les hommes de la famille que nous aidions vivaient pieds nus. Et quand je dis qu’ils vivaient pieds nus, ils conduisaient pieds nus, travaillaient pieds nus et marchaient pieds nus, que ce soit sur l’asphalte brulant, la terre boueuse ou le bois vermoulu. Le plus jeune des adultes avaient la corne des pieds complètement noire et sa dernière rencontre avec une douche remontait probablement à l’arrivée des colons. Notre tâche sur la ferme était plutôt simple : il nous incombait de s’assurer que les jacquiers étaient bien accrochés à leurs tuteurs pendant la saison des pousses.
On se promenait tous les quatre dans les allées et on resserrait le cordage quand c’était nécessaire. Nos nouveaux amis corses étaient plus volontaires que nous, qui partions du principe qu’un travail non-rémunéré se faisait sur un rythme lent. De grosses poules se promenaient sur le terrain et il n’était pas rare de voir des petits serpents. Nous travaillions entre quatre et cinq heures, entrecoupées d’une pause où nous étions invités à boire le café dans la maison.









Un matin, le propriétaire de la ferme nous faisait venir et tout fier, tenait absolument à nous montrer une vidéo. Incertains, nous nous avancions dans le salon pour découvrir… un résumé d’une partie de chasse au cochon. Sur fond de musique rock, on y voyait des chiens encercler les cochons sauvages et les égorger avant que les hommes ne les ouvrent au couteau.
L’incongruité de la situation nous lançait dans un énorme fou rire et l’attitude du gaillard n’arrangeait rien. Il était tellement content de lui et à chaque fois qu’il passait à l’écran, il couvrait la musique d’une voix forte pour nous dire « C’est moi ! C’est moi ! » Nous découvrions à ce moment que la chasse au cochon sauvage était un sport prisé dans le nord du Queensland.
Après quelques jours, on se rendait finalement compte que travailler pour ne rien gagner ne nous intéressait pas plus que ça et on prévenait notre hôtesse qu’on ne resterait que deux journées de plus. Elle n’y voyait pas d’inconvénients mais tenait quand même à ce que je passe une soirée avec elle en cuisine. J’y apprenais à faire les fameuses pizzas australiennes, à base de pâtes surgelées, de produits industriels et d’une cuisson expéditive au four, pour la modique somme de 25 dollars.








Ça ne semblait pas déranger les locaux, qui venaient en masse se restaurer ou utiliser le drive-in pour acheter de l’alcool. Ce pays aimait tellement la bière qu’il vous était possible de vous en procurer sans sortir de votre voiture. Sur le même principe que les fast-foods chez nous, vous vous présentiez à une caisse et vous payiez l’alcool que vous souhaitiez avant qu’il vous soit remis. Il était difficile de trouver un concept plus anglo-saxon que celui-ci. A la fin de la semaine, on disait au revoir à nos nouveaux amis et on reprenait la route de Cairns pour visiter la partie au nord de la ville tout en recherchant du travail.
On entrait dans la partie la plus tropicale du pays et cela se traduisait par une végétation luxuriante et d’arbres à feuilles énormes. Plusieurs jardins botaniques valaient le détour pour les spécimens rares qu’on pouvait y trouver et la Mossman Gorge s’illustrait pour ses immenses rochers qui participaient au lit de la rivière. Cassandre s’offrait un saut en parachute au-dessus des montagnes entourant Cairns et malgré son appréhension initiale, elle finissait sa chute avec un sourire immense et une envie de recommencer dès qu’elle le pourrait.

La même après-midi, un fermier nous rappelait pour nous proposer un emploi sur son exploitation de pommes de terre et nous acceptions avec d’autant plus d’entrain que sa ferme se trouvait sur la route de Darwin où nous devions nous rendre à la fin du mois d’Août.

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