Wallaman Falls : une cascade prodigieuse

Le woofing représentait une excellente idée à la base. En échange de quelques heures de travail, votre hôte vous offrait le logement et la nourriture. C’était le compromis parfait pour gagner du temps sans perdre trop d’argent. Mais comme toutes les bonnes idées de départ, on découvrirait dans le futur qu’elle était largement détournée à des fins d’exploitation. Sur ces réflexions, on arrivait à Townsville et l’on apercevait de loin l’immense rocher qui constituait le paysage de cette ville.

On grimpait donc le dénommé Mont Stuart en voiture et on s’offrait un superbe coucher de soleil qui embrassait toute la ville. Après un repas assez simple dans un pub trop bruyant, on se trouvait une allée peu éclairée pour garer notre lit ambulant et tenter d’obtenir une bonne nuit de sommeil. On poursuivait notre course folle vers le nord du pays et plus précisément Cairns qui constituait notre objectif. On s’éloignait le lendemain de la route côtière pour s’offrir une cascade mais pas n’importe laquelle, la plus grande d’Australie. Avec 268 mètres de chute, elle vrombissait de manière impressionnante et semblait n’en jamais finir de tomber. Située à la naissance d’une gorge, la cascade nourrissait la rivière en contrebas.

Nous étions surpris de constater le peu de visiteurs à un endroit pourtant si beau. Quelques couples d’australiens se baladaient lentement mais aucun jeune comme nous dans les environs. L’Australie perdait en attrait dès qu’on s’éloignait un peu des côtes. En poussant toujours plus vers le nord du Queensland, on plongeait dans la région agricole. Des fermes de bananes et de mangues s’étalaient sur des hectares entiers à tel point que des lignes de chemins de fer dédiées sillonnaient les plus grosses exploitations.

On allait frapper à chaque porte mais le verdict était toujours le même : « désolé, on ne cherche personne pour le moment, nous sommes complet. » De grandes barrières encerclaient chaque ferme, signe d’une probable exaspération des propriétaires vis-à-vis des backpackers. Chaque année, les aéroports australiens déversaient plus de 330.000 jeunes internationaux, âgés d’entre 18 et 30 ans, sous le même visa que nous. Une écrasante majorité de ces voyageurs restait sur la côte est et s’agglutinait dans les régions ensoleillées propices aux récoltes. On en constatait le résultat quand de grands panneaux s’affichaient menaçants à l’entrée de certaines fermes en prétextant un risque biologique pour ne pas vous laisser entrer.

Même au téléphone, on sentait nos correspondants agacés et les réponses étaient bien souvent expéditives. On se rabattait donc sérieusement sur un woofing et on le recherchait sur la route de Cairns. Une dame nous contactait rapidement et nous proposait de venir aider à la récolte de jacquiers à Tully Heads. On lui donnait rendez-vous cinq jours plus tard et l’esprit plus tranquille, on arrivait sur la plus grande ville du nord du Queensland.

Après les petites métropoles Sydney, Brisbane et Gold Coast, nous nous attendions à une cité de la même trempe. Mais Cairns n’avait à offrir que des bâtiments ternes et gris, usés par le temps et la pollution. Le climat n’arrangeait rien à l’affaire puisque les pluies tropicales avaient décidés d’abattre leurs eaux sur la région et c’est sous des nuages gris que je fêtais mes trente ans.


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