On visitait Keppel Island, le Blackdown National Park et nous traversions des villes qui devenaient de plus en plus insignifiantes. Hors de la côte Sud-ouest, ce n’était pas une légende, l’Australie était sous-peuplée. Nous croisions des bourgades à peine munies d’un supermarché mais toujours d’un pub qui tenait bon face à la modernité et qui avait le bon goût d’être toujours plein. Même si l’on ne parlait pas toujours aux clients, nous apprécions de voir d’autres têtes, d’autres visages car la vie sur la route était parfois solitaire.
Bien que nous voyagions à deux, il arrivait forcément des moments où les sujets de discussions s’amenuisaient. Nous n’étions pas contre le silence mais on attendait parfois avec impatience ce moment pour recharger nos batteries, électroniques et sociales. La route nous dirigeait vers Airlie Beach où un voilier nous attendait pour rejoindre les Whitsundays Islands.









Pour qui n’a pas le pied marin, un voyage de deux jours et une nuit sur un petit bateau peut être une épreuve. Notre voilier était élancé, tout en longueur et il avait la fâcheuse tendance de tanguer énormément. Après le premier repas, je régurgitais tout dans les toilettes et un couple de bretons sauvait littéralement mon aventure en me donnant une plaquette de pilules contre le mal de mer. L’embarcation voguait inexorablement vers le large jusqu’à atteindre le premier spot de snorkelling.
Nous étions le 23 Juin et c’était l’hiver du côté austral de la planète. La température de l’eau n’était pas excessivement chaude et quand Cassandre posait la question « est-ce qu’il y a des requins dans le coin ? », la réponse nonchalante de la guide nous surprenait vraiment. Elle haussait les épaules et d’un air dégagé nous répondait « C’est la mer… ». On croyait à une blague pour nous faire peur mais à peine un an plus tard, on découvrait une vague d’attaques de requins pile à cet endroit.









Encore insouciants, on se promenait sous l’eau mais les fonds marins n’étaient pas exceptionnels et on ne nageait pas bien longtemps. On remontait à bord et on découvrait des îles verdoyantes sortantes de mer, des paysages qu’on s’attendait à rencontrer en Asie mais pas particulièrement en Australie qui souffrait de son image canonique de pays rouge. Le bateau se parquait le long d’une île, dans une espèce de crique pour que nous y passions la nuit. Chaque couple avait sa minuscule cabine et n’être pas très grand était à ce moment un avantage. La mer nous berçait légèrement de gauche à droite et nous dormions d’un sommeil paisible. Au lever, nous approchions déjà de notre but : Whitehaven Beach.
Un canot à moteur venait nous chercher au pied du bateau et un guide s’introduisait à notre groupe. Un petit circuit de randonnée était conçu pour vous emmener jusqu’à la fameuse vue sur la plage. Des plaques commémoratives jalonnaient le parcours en narrant la vie des aborigènes dont les îles étaient le domicile. Cassandre demandait malicieusement ce qu’il était advenu des locaux et le guide haussait les épaules d’un air gêné. C’était un constat que l’on ferait à travers tout ce gigantesque pays.
L’Australie était prompte à mettre en avant l’aborigène et sa culture, du moment que l’idée s’effaçait dans un passé lointain. Partout des circuits autour de l’art rupestre ou des plaques commémoratives « ici vivait la tribu des «XXX » » mais jamais d’explications quant à leurs disparitions. Cette nation se dédouanait complètement et agissait comme s’il s’agissait d’une culture morte alors que près d’un million d’aborigènes vivaient encore sur les terres originelles de leurs ancêtres.



Le chemin nous menait finalement à la vue sur la plus belle plage du monde. Son sable était si fin qu’il avait été utilisé par la NASA sur le télescope Hubble. C’était à ce jour la seule utilisation commerciale de cette précieuse ressource et notre guide nous briefait sur l’importance de ramener le moins de grains de sable possible. La petitesse de chaque grain était un danger pour toute l’électronique et il fallait prendre des précautions mais même en faisant attention, ils s’infiltraient partout.
La bande de sable était incroyable et parfois les mots ne pouvaient pas être à la hauteur des images. Au fil des marées et des vagues, des lignes d’eau serpentaient au milieu de cette petite baie où l’un des épisodes de Pirates des Caraïbes avait été tourné. L’eau était d’un bleu cristallin et le contraste avec ce sable si blanc sautait aux yeux. Nous étions chanceux car le soleil perçait de tous ses rayons et on ne ratait pas notre chance de barboter dans la mer peu profonde. Je sortais le drone et capturais des images étonnantes vues du ciel. D’en haut, on se rendait bien compte de la pureté de cet endroit, de sa touche naturelle presque ancestrale, de cette idée d’un monde où l’humain n’aurait pas encore posé sa griffe.






Le retour vers Airlie Beach se faisait sur une mer d’huile et nous goutions aux joies de faire avancer un voilier, en aidant au hissement des diverses cordes et en pilotant le gouvernail. La commandante de bord n’était pas vraiment dupe quant à nos capacités et elle gardait un œil vigilant. On arrivait sans encombre en fin de journée et on reprenait la route vers Townsville presque instantanément. En conduisant, on décidait de commencer à chercher du travail. Il nous restait deux mois de travail spécifique à réaliser et on espérait trouver une ferme autour de Cairns. Et dans l’optique de ne pas perdre d’argent, on se mettait à chercher un woofing.

Laisser un commentaire