Sydney : routine, démission et préparation du départ

Quand le mois de mars se présentait, nous étions déjà entrés dans une petite routine. Nous avions trouvé un restaurant thaîlandais excellent et abordable, le Kao Yum, où nous allions régulièrement avec notre bande d’amis. La pizzeria juste à côté s’appelait le Redforno et c’était devenu notre second QG. Le week-end, on visitait les différentes plages de Sydney et on alternait entre Coogee, Tamarama et Bondi. Il avait fait chaud et beau pendant les deux premiers mois mais un épisode pluvieux s’installait et durait, nous forçant à nous retrancher en intérieur la plupart du temps.

Le cinéma n’était abordable qu’un seul jour dans la semaine, le mardi appelé ici le « cheap tuesday », et on en profitait dès qu’on le pouvait. On y allait avec un peu d’appréhension la première fois car nous ne savions pas vraiment si notre niveau d’anglais nous permettait de passer l’épreuve du cinéma sans sous-titres. Nous allions voir Logan, le dernier né des studios Marvel, et hormis un personnage à l’accent particulièrement prononcé, on comprenait tout ce qu’il se disait dans le long-métrage. C’était satisfaisant car nous étions arrivés dans le pays sans trop savoir où nous situer et nous nous apercevions au fil du temps que notre niveau d’anglais pour des français était vraiment très bon. Ça nous donnait un avantage non négligeable.

Cette routine était confortable mais elle était précisément ce que nous avions fui en France et l’envie de bouger nous démangeait déjà. Nous commencions à lorgner sur les road-trips entre Sydney et Brisbane et le mauvais temps qui s’installait ne nous poussait guère à rester plus longtemps à Sydney. Entre deux journées de boulot, on préparait notre itinéraire et à la mi-mars, on louait un camper-van pour le 6 Avril. Avec la date fixée, le reste du mois passait plus vite sous le temps maussade et terne, un mois « exceptionnel dans le mauvais sens » d’après les locaux. Après quinze derniers jours de boulot, on donnait notre démission, on prévenait notre logeur de notre date de départ et on faisait le tour de nos amis pour dire au revoir. Reverrions-nous un jour Sydney ? Dans le doute, nous retournions voir tous les endroits qui nous avaient marqués, l’Opéra en tête où nous passions un long moment.

Le propriétaire de la maison où on louait notre chambre ne pouvait finalement pas se déplacer pour faire l’état des lieux. On décidait de l’appeler via l’option vidéo de WhatsApp et de lui montrer la chambre ainsi. Evidemment, nous avions pris soin de tout briquer et de laisser l’endroit dans un état irréprochable. On partait la conscience tranquille et nous savions qu’il nous rendrait notre caution assez rapidement. Chargés comme des mules avec nos deux valises, la sacoche de l’ordinateur, le sac du drone en plus du sac à dos, on prenait la direction de l’arrêt de bus qui devait nous amener jusqu’à l’agence de location.

C’était sans compter sur la fiabilité des bus de Sydney. On avait pris l’habitude de ne pas compter sur les horaires ou même plus radicalement sur leurs passages. Après vingt minutes d’attente, il devenait clair que nous n’avions plus le temps d’attendre une hypothétique arrivée. On sortait alors le smartphone et on s’éloignait des rues principales pour commander un Uber. Quelques instants plus tard, un chauffeur dans une berline blanche s’arrêtait à notre hauteur. Il était italien et avait émigré à Sydney dix ans auparavant. Un peu naïvement, on lui racontait notre amour de l’Italie et nos superbes séjours tout autour de la Botte.

       « Vous savez, l’Italie ce n’est bien que pour les vacances. C’est normal que les touristes étrangers ne s’en rendent pas compte mais c’est très dur de vivre chez nous. J’adore mes compatriotes mais la vie au quotidien est trop compliquée. Maintenant je vis ici et j’y retourne une fois par an. C’est très bien comme ça. »

Notre conversation revenait sur des sujets plus quotidiens et après une vingtaine de minutes, il nous déposait près de notre agence. Elle était située dans une vague zone industrielle très anxiogène. Les bâtiments paraissaient fatigués, comme usés par la chaleur. Les arbres n’en menaient pas beaucoup plus larges et le bout de chemin qu’il nous restait à parcourir était morcelé de trous dans le bitume. On arrivait finalement dans le préfabriqué qui servait de bureau à la compagnie. Une jeune fille nous accueillait très chaleureusement et on s’installait pendant qu’elle faisait le tour des procédures administratives. Depuis nos mauvaises expériences avec les agences de location, on se méfiait énormément alors on était ravis de pouvoir éplucher les clauses avec elle.

Tout semblait correspondre à notre commande en ligne et on passait à l’étape du paiement. A notre grande surprise, notre carte bancaire australienne ne pouvait pas être utilisée. Comme ils avaient besoin de préautoriser une caution, il leur fallait nécessairement une carte de débit. Par chance, ma carte française portait l’inscription. Comme le mot anglais s’écrivait exactement pareil, on réussissait à négocier de payer avec notre compte australien puis d’utiliser ma CB de la Caisse d’Epargne pour la caution.

On avait eu de la chance, la jeune femme nous expliquait qu’il leur arrivait souvent de refuser une location à des gens pour cette raison. Cette frayeur passée, on inspectait la voiture, un Ford Falcon, et puis on prenait la route. Ça faisait trois mois que nous n’avions pas conduit et on estimait que Cassandre était la plus à même de gérer la conduite à gauche pour le moment. On se lançait à travers un périple qui nous mènerait très loin si tout se passait comme prévu et après quelques kilomètres un peu difficiles, plus dus à la longueur de la voiture qu’à la conduite du mauvais côté, on traversait le Harbour Bridge et on disait officiellement au revoir à Sydney.


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