Après une longue nuit de sommeil, on se présentait à la banque et on annonçait le nom du conseiller avec qui nous avions rendez-vous. A la tête de la jeune hôtesse à l’accueil, on comprenait très vite que quelque chose clochait. Personne n’avait noté nos noms et alors qu’on s’attendait à devoir revenir, un jeune homme venait nous chercher et nous introduisait dans un bureau. Tout le personnel de la banque, située quasiment en plein cœur de Sydney, était chinois et conversait en chinois en dehors des échanges avec les clients.
Xiao Linh s’adressait à nous dans un anglais irréprochable et répondait aux questions de ses collègues en mandarin. L’expérience était étrange mais on se pliait bien volontiers à ses demandes et quelques dizaines de minutes après, on rejoignait le bitume brulant avec un compte courant, un compte pour économiser et un dernier pour notre superannuation.
La superannuation était l’équivalent australien de la retraite. Sur chaque salaire, votre employeur était tenu de vous verser 9.5% sur ce compte à part qui ne serait disponible qu’au jour où vous décideriez d’arrêter de travailler. C’était un peu différent dans notre cas, comme nous n’avions pas prévu de rester en Australie jusqu’à 65 ans, nous récupérerions 35% de la somme à la fin de notre visa. Nous avions un peu déchantés en sachant que nous allions être taxés à hauteur de 65% sur ce qui était censé participer à notre fin de vie mais ça rejoignait l’état d’esprit du gouvernement australien qui durcissait les lois sur l’immigration et qui tentait tant bien que mal de rendre le pays moins attractif.



Et nous n’étions qu’au début du voyage, ce genre de considération n’était pas à l’ordre du jour. Au cours de nos premiers jours, nous mettions un point d’honneur à tout voir et ça commençait évidemment par les plages. On se rendait à Manly en prenant le mythique ferry qui prenait son départ non loin de l’Opéra et qui offrait une vue imprenable sur le bâtiment en passant devant. Nous visitions aussi les musées et les attractions touristiques comme le fameux Madame Tussaud mais l’un des points d’orgue de cette quinzaine était notre visite aux Blue Moutains.
Notre journée avait pourtant mal démarré. Après un réveil matinal et un petit-déjeuner frugal, nous étions en route pour la gare de Central où nous avions rendez-vous avec un groupe de français pour randonner en montagne. Nous descendions d’un pas léger vers l’arrêt de bus pour se rendre compte une fois arrivés que l’horaire que nous avions vu n’était valable que la semaine et pas le dimanche. Le prochain bus n’était que dans 25 minutes et nous nous trouvions obligés d’avoir recours à Uber pour ne pas arriver en retard.
Aussitôt appelé, aussitôt à notre arrêt de bus et aussitôt à destination. On se payait même le luxe d’avoir un petit peu d’avance ce qui nous permettait de ne pas devoir nous hâter dans la très grande gare nommée Central. On rejoignait le quai approprié et nous découvrions une petite bande de français. Il y avait Baptiste, Dimitri, Choucri, Lucas, Guewenn, Romain et Sonia.




Une meute de gaulois prête à affronter une journée de randonnée sous un soleil éclatant. C’était ce que nous croyions mais quand nous sortions du train après les deux heures de trajet, la température était très basse ce qui nous faisait regretter de ne pas avoir pris de k-way. Pour se réchauffer, on marchait d’un pas rapide vers le point le plus connu du coin, les Three Sisters, trois rochers à la suite, dont la légende aborigène racontait que trois sœurs avaient été changées en pierre après être tombées amoureuses de membres d’une tribu différente.
Le soleil faisait son apparition à l’horizon et nous poursuivions la randonnée qui n’était pas des plus faciles même si on restait dans l’agréable. Notre petite équipe de français se révélait très marrante et on cheminait dans la joie et la bonne humeur autour des nombreux points de vue (ou louquoute comme disait Baptiste au lieu de look-out). Le parcours de plus de cinq heures nous amenait jusqu’aux Wentworth Falls, de gigantesques chutes d’eau creusées en escalier dans la roche, et c’était avec grand bonheur qu’on plongeait dans les bassins car la chaleur était éprouvante. L’heure de rentrer sonnait et on reprenait le train pour rallier Sydney avant la nuit. Ça avait été une journée épuisante mais sans le savoir, nous avions crée des amitiés qui dureraient tout notre séjour.

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